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Andy Samberg : faux et usage de faux

Avec son  écriture sans retenue, l’humoriste américain Andy Samberg se joue des codes et enchaîne les faux documentaires plus hilarants les uns que les autres

“Il n’y a rien que je trouve plus drôle que de prendre quelque chose de débile et de le faire passer pour la chose la plus sérieuse qui soit”. Cette confession d’ Andy Samberg au magazine Rolling Stone résume bien la démarche du comédien dans chacun de ses faux documentaires, aussi appelés mocumentaires. Depuis 2015, l’acteur et scénariste s’est attaqué au monde du Tennis dans 7 Days in Hell, du cyclisme dans Tour de Pharmacy et même de l’industrie musicale dans Pop Star Never Stop Never Stopping. Trois long-métrages qui font aujourd’hui d’ Andy Samberg l’une des plumes les plus drôles et absurdes d’Hollywood.

Andy Samberg parodie la Grande Boucle

L’école du Saturday Night Live

Solidement implanté dans le  paysage  télévisuel américain, Andy Samberg reste méconnu chez nous. Il se fait connaître dès 2005 en intégrant la troupe du Saturday Night Live, émission culte de la télévision outre-Atlantique. Ce programme, diffusé depuis plus de 40 ans, propose une heure de sketches, en direct,  tous les samedis soirs, écrits par une équipe de comédiens qui évolue au fil des saisons.

Chaque semaine la petite troupe est rejoint par une  personnalité qui fait l’actualité.  Le « SNL »  est devenu un vrai label qui a formé de grandes stars de l’humour américain, comme Bill Murray, Eddie Murphy, Mike Myers, Ben Stiller ou encore Will Ferrell. Le show a même été à l’origine de certains films cultes comme Wayne’s world ou les Blues Brothers.

Andy Samberg a fait ses armes de comédiens au Saturday Night Live

Digital Short, court mais bon

Quand Andy Samberg rejoint le programme, il a parfaitement intégré cette idée. Avec ses deux partenaires Jorma Taccone et Akiva Schaffer, il propose au directeur du show de réaliser des vidéos, pour la tv et le web, en plus des sketches en direct. Ce dernier accepte et le trio, sous le nom de The Lonely Island, crée le concept du SNL Digital Short .

Dès la première vidéo, le ton est donné. Intitulé Lazy Sunday, le clip décrit la délirante journée de deux rappeurs hardcore qui vont au cinéma voir Les Chroniques de Narnia . La vidéo fait un énorme carton et permet à Samberg et ses potes d’avoir les mains encore plus libres. Pendant 7 ans, et grâce  à l’arrivée de youtube, les trois compères vont enchaÎner les vidéos et les chansons aussi absurdes qu’irrévérencieuses . Les JO de l’espace, les aventures des chats laser, Young Chuck Norris, Sergio le saxophoniste démoniaque ou les histoires d’amour du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, tout y passe.

Le style décalé du trio, perdu quelque part entre les comédies de Judd Apatow (Anchorman, Supergrave, Tallageda Nights) et les Monty Python s’affirme et rencontre l’adhésion du public.  Les trois larrons ont aussi un gros penchant pour la musique et vont  écrire quelques tubes hilarants avec des guests de luxe comme  My Dick in a box avec Justin Timberlake, The Creep avec Nicki Minaj ou encore Jack Sparrow avec le crooner Michael Bolton. En 2012, Andy Samberg et ses potes quittent le “SNL” avec plus de 100 digital shorts à leur actif, 3 albums, un carnet d’adresses 100% VIP et des projets plein la tête.

7 Days in hell, un délire de camp de vacances

Andy Samberg retrouve alors son vieil ami Murray Miller et lui propose de mettre sur un pied un délire qu’ils ont eu ensemble à l’époque ou ils étaient moniteurs sur des camps de vacances : réaliser un faux documentaire sur le match de tennis le plus long de l’histoire. Murray Miller est alors producteur sur la série Girls sur HBO et propose le projet à la chaîne. 7 days in Hell , réalisé par Jake Szymanski et écrit par Miller et Samberg, racontera le calvaire de deux joueurs lors de la finale de Wimbledon en 2001. Une rencontre imaginaire de sept jours où Aaron Williams (Andy Samberg) affronte Charles Poole (Kit Harrington).

Le premier est une parodie d’Andre Agassi, en plus exubérant, plus irrespectueux et pervers. Le second est un demeuré qui ne sait que jouer au tennis et parle en terminant toutes  ses phrases avec le mot indubitablement pour se donner l’air intelligent. Un duo improbable qui n’est pas sans rappeler celui de  l’excellent film Les rois du patin.  

Kit Harrington incarne le rival d'Andy Samberg

Ceci n’est pas une comédie sportive

Si le tennis est la base du film, 7 Days in Hell n’est pas un une comédie sportive. Les fans de la petite balle jaune remarqueront rapidement que le film ne respecte que vaguement les réelles règles du sport. Par  moment, le mocumentaire se permet même de totalement s’éloigner de son propos en faisant un long aparté sur l’incroyable histoire des dessinateurs de procès. Un procédé qui n’est pas sans rappeler certains sketches des Nuls ou des Monty Python. Malgré tout cela, l’écriture de Samberg et Miller transpire l’amour et le respect pour le sport, dans son aspect à la fois populaire et dramatique. A mesure que l’on suit ce match qui a marqué l’histoire du tennis, les légendes Serena Williams, John Mc Enroe, Chris Evert  apparaissent à l’écran, témoignent en interview et renforcent l’absurdité de cette rencontre. Cette construction, où l'invraisemblable et le grotesque côtoient une certaine forme de réalité, pose alors les bases de l’écriture d’Andy Samberg pour ses deux prochains films : Pop Star : Never Stop Never Stopping et Tour de Pharmacy.

Derrière la porte à paillettes

Après le succès  de 7 days in Hell, Samberg décide de revenir aux côtés de ses potes de Lonely Island. Le projet est de faire un film qui servira de conclusion à toutes les facéties musicales du groupe humoristique “Pendant nos discussions nous avons souvent évoqué ce nouveau genre de documentaire, le popumentary; c’est une version plus sucrée, plus acidulée du documentaire rock et toutes les popstars y sont passées ces dernières années. Ce sont presque des films de propagande ou l’on suit les stars dans leurs tournées , leur vies. Tout y est toujours mièvre et drôle”.  De ce constat va naître Pop Star : Never Stop Never Stopping  (clin d’oeil évident au film sur Justin Bieber) , un faux popumentaire qui va détourner tous les codes du genre et décrire le chemin d’une star imaginaire entre gloire et décadence.

Andy Samberg y incarne Conner4Real , ancien chanteur et leader du boysband Style Boyz, filmé au moment du lancement de son second album. Interviews, promotions, concerts, plongée au cœur des fans et du staff , le spectateur suit Conner dans ses frasques commentées par tout le gratin musical, de Pharell Williams à Mariah Carey en passant par Ringo Starr et Kendrick Lamar.  Conner est une superstar, dont tout le monde reconnaît le succès et le talent,  mais il ne brille certainement  pas par son intelligence et son humilité.

Conner4Real est la Popstar ultime

Popstar : Never Stop Never Stopping  : entre satire et délire

Pour rendre sa critique plus mordante, le film n’hésite pas à copier des plans iconiques de certains documentaires du genre et à multiplier les phrases clichés. Quand Conner entre sur scène, des plans aux ralenti se succèdent avec les mouvements de la foule, la clameur qui monte et d’un coup le commentaire de Connor :
” Mes fans et moi, nous nous aimons. La salle de concert c’est notre chambre… et la scène, la scène est  l’endroit où l’on baise”. À chaque gag ou presque, Popstar arrive à écorner le milieu de la pop avec beaucoup d’humour mais aussi beaucoup de tendresse. Si la satire est omniprésente, l'absurdité règne en maître. Impossible de croire au succès de Conner, quand celui-ci prend l’accent espagnol pour un défaut de prononciation ou évoque la mort de Seal, tué par une meute de loups pendant son mariage.

Le staff de Conner n’est pas en reste avec des personnages complètement loufoques comme un roadie qui aime se plonger régulièrement dans des comas artificiels ou un cuisinier un peu maniaque qui explique au spectateur toutes les manières différentes dont il coupe les carottes.

Un enthousiasme à toute épreuve

Là où le film réussit un vrai numéro d’équilibriste, c‘est dans sa manière,  à la façon des popumentaires qu’il singe, de rendre particulièrement attachant le personnage de Conner alors qu’il multiplie les mauvais choix, artistiques comme stratégiques. Aussi étrange que cela puisse paraître, il y a quelque chose de réellement candide chez cette star qui chante en toute simplicité la manière dont il a baisé une fille aussi fort que les Américains ont baisé Ben Laden. Son  émouvante relation avec les Style Boyz (interprétés par les autres membres de Lonely Island) rythme le récit et contribue à donner corps à cette histoire. Popstar est toujours drôle mais jamais méchant : un vrai feel good movie à regarder un dimanche pluvieux pour retrouver le moral.

Malgré toute cette bonne volonté et des critiques plutôt élogieuses, Popstar est un échec commercial. Pourtant il y a fort à parier que l’on reparlera de ce film dans les années à venir. Comme le dit le critique cinéma Geoffrey Macnab : “Popstar a un esprit et un entrain dont peu de films du genre font preuve.Sur le long terme, cela devrait lui permettre de devenir un film culte, si ce n’est plus”. De la satire au grand coeur.

C’est reparti pour un tour

Pour son mocumentaire suivant, Andy Samberg, qui retrouve Murray Miller, applique à nouveau sa méthode : un faux évènement connu de tous (dans le monde du film), un traitement absurde et un super casting prêt à déconner. “J’ai écrit suffisamment de trucs pour que des personnes super connues acceptent de faire des conneries pour moi… ils savent que je les appelle seulement pour ça. Je ne cherche jamais à me moquer d’eux, je leur dis que j’ai créé quelque chose de super débile et je les invite à y prendre part” explique Andy Samberg dans une interview donnée au site The Ringer. Et le moins que l’on puisse dire c‘est que John Cena, Orlando Bloom et Kevin Bacon ont vraiment l’air de s’amuser dans cette grande foire du n’importe quoi qu'est Tour de Pharmacy, troisième étape de l’épopée mocumentaire d’Andy Samberg.

Dans ce nouveau long métrage, écrit par Miller et Samberg  et toujours réalisé par Jake Szymanski pour HBO, il s’agit de suivre une édition (fictive)  très célèbre du Tour de France où seulements cinq coureurs, dopés comme des mules, ont terminé la course, les autres ayant tous étés éliminés pour tricherie. Andy Samberg y incarne le premier coureur cycliste africain, né au Nigéria d’un père richissime propriétaire d’une mine de diamant. À ses côtés Orlando Bloom incarne une caricature de l’italien Marco Pantani, et John Cena un coureur autrichien tout en muscles et dopé aux amphétamines.

Les coureurs de Tour de Pharmacy au complet

Une dramaturgie plus fournie

À défaut d’avoir des pointures du Sport au micro, les scénaristes ont cette fois fait le choix d’avoir recours à une autre ficelle du genre.  Tout au long du documentaire,  les coureurs commentent eux-même leurs courses, 25 ans après. Jeff Goldblum, au top de sa forme, joue donc la version actuelle d’Andy Samberg et Dolph Lundgren prend le relais de John Cena. Cerise sur le gâteau, le film ose faire appel à Lance Armstrong pour jouer les témoins mystère. La présence au générique du tricheur le plus célèbre de l’histoire du cyclisme n’a d’ailleurs pas manqué de soulever une petite controverse au moment de la sortie du film. Loin de glorifier l’ancien coureur, le film se sert de son statut de champion déchu comme ressort humoristique dans un running gag pas toujours très fin mais qui ne dessert pas son propos.

À travers les deux derniers coureurs, Adrian Baton, une femme déguisée en homme, et Slim Robinson, premier athlète noir de l’histoire du vélo, Tour de Pharmacy se permet quelques petites saillies bien senties sur le racisme et le sexisme dans le sport. Grâce à cette dramaturgie plus fournie, la course oscille entre violence, amours, amitiés, et drames, bref  tout ce que vous n’avez JAMAIS vu dans le Tour de France. L'action, supposée se dérouler en 1982, donne au film une petite touche vintage et notre chère patrie a aussi droit à son lot de clichés aussi stupides que géniaux. Si 7 Days in Hell a dû recréer Wimbledon, Tour de Pharmacy a relevé le défi de donner l’impression d’une course entière montée de toutes pièces avec un résultat hilarant.
Toujours plus ambitieux, Miller et Samberg seraient déjà en train de travailler sur un nouveau projet : un mocumentaire sur… les échecs.

Je  n’ai personnellement jamais réussi à regarder une seule étape du Tour, mais j’ai été captivé par Tour de Pharmacy. Pourquoi ? parce que, que ce soit avec Miller ou avec Lonely Island,  Andy Samberg traite toujours ses sujets avec folie, humour, dérision et respect. Chacun de ses mocumentaires se distingue par une généreuse espièglerie et la volonté permanente de transformer le réel en une farce dont il faut rire de bon coeur.

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