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L’Échelle de Jacob : ascension vers la souffrance

Aujourd'hui, on va parler épouvante mais pas n'importe laquelle, puisqu'on va parler d'un film culte mais encore trop méconnu malheureusement du grand public : L'échelle de Jacob.

En 1983, un Britannique du nom d'Adrian Lyne va marquer l'histoire du cinéma en racontant l'histoire d'une fille vivant à Pittsburgh et travaillant comme soudeuse le jour et comme danseuse la nuit, ce film deviendra culte : il s'agira de Flashdance. Lyne se voit propulsé sur le devant de la scène et commence à enchaîner les films bien reçus, son film Liaison fatale se payera même le luxe d'être nominé 6 fois aux Oscars (mais n'en décrochera aucun). Malgré tout, les critiques de cinéma jugent malheureusement que si son cinéma est bon, il est clairement impersonnel et qualifie Lyne de faiseur plus que d'auteur. Le réalisateur pondra alors L'échelle de Jacob, un film sur lequel Lyne ne fonde pas trop d'espoirs et qui malheureusement, sera son premier échec commercial. Le bonhomme retournera du coup sur son registre habituel (le drame d’amour) avant de mettre sa carrière au ralenti (pratiquement à l'arrêt même)vers le début des années 2000. Mais au fil du temps, sur sa filmographie, c'est plus ce fameux "échec commercial" que les cinéphiles retiendront dans son parcours à Hollywood.

Entre Mékong et New York

Le scénario raconte l'histoire de Jacob Singer, un soldat qui vient de rentrer de la guerre du Vietnam et qui, désormais, exerce le métier de simple postier. Traumatisé par la guerre mais aussi par la perte de son fils, il essaie de se reconstruire avec sa nouvelle petite amie, Jezzie. Mais un problème va alors surgir : Jacob est en proie à des hallucinations et voit des apparitions d'étranges figures qui semblent le poursuivre. Monstres difformes, grotesques et diverses déformations du quotidien vont lui rendre la vie compliquée. Jacob va donc essayer de découvrir ce que lui veulent ses horreurs avant de devenir fou.

Si on doit commencer à parler du premier gros point fort du film, c'est bien évidemment le scénario. Pour des raisons évidentes de révélations et de twist qu'ils seraient dommage de vous gâcher, je vais m'en tenir au strict minimum. Mais il est assez dingue de voir à quel point le film fonctionne. Il joue avec plusieurs niveaux de lectures et arrive à efficacement imbriquer chaque élément les uns dans les autres alors qu'au début, on a l'impression de suivre fausses pistes sur fausses pistes... jusqu'à ce que le film nous fasse non de la tête et nous révéler que rien n'était laissé au hasard dans tout ce qu'il avait à raconter. C’est donc une réussite à ce niveau là et jusqu'à la dernière seconde, il recèle quantité de surprises à la fois désagréables et surprenantes.

Anatomie de l'enfer

Quand on connaît le réalisateur, on a du mal à comprendre ce qui a pu lui passer par la tête quand il a fait ce film. Un personnage torturé poursuivi par des monstres qui ne ressemblent à rien de connu, des sortes d'humains déformés qui apparaissent dans un univers étouffant dans lequel on n’est plus capable de savoir ou se situe la réalité... quand on a réalisé quand des drames amoureux, ça choque. Le pire étant que le film est absolument fabuleux. Son point fort est avant tout son atmosphère qui monte crescendo avec des apparitions au début discrètes et silencieuses qui semblent observer de loin et qui peuvent être confondues avec des humains un peu étranges pour finalement arriver à un point où leur présence est quasi constante et agressive à tous les niveaux (que ce soit sonores ou visuels). 

L'ambiance fonctionne particulièrement bien grâce à la réalisation neutre et froide qui vient progressivement souligner la paranoïa, la folie et la souffrance de ces personnages. Rien n'est d'ailleurs laissé au hasard, que ce soit la musique de Maurice Jarre, compositeur connu pour son talent (il a notamment composé la musique de Lawrence d'Arabie), des jeux de lumière intense et surtout une imagerie ultra symbolique (rien que le titre L'échelle de Jacob fait référence à la fois à la montée en horreur du héros, d'un terme de la bible et d'un élément précis du film dont je vous laisse la surprise). Cette imagerie d'ailleurs puise son inspiration dans les peintures de Francis Bacon, un peintre anglais qui a notamment fait de fascinantes représentations de la souffrance humaine. Et avec ça, le film se paie le luxe d'offrir énormément de thématiques, puisqu'il arrive à un drame humain, un brûlot politique, une réflexion philosophique sur le poids des erreurs et même une allégorie spirituelle sur l'existence. Tout ça en un seul film...

Un chef d'oeuvre inspirant d'autres chefs d'oeuvre

Si d'autres films se sont engouffrés dans la brèche qu'a offert le film (à moindre niveau cependant) comme Donnie Darko ou Les autres, il y a une oeuvre qui a fait de L'échelle de Jacob sa muse : la série de jeux vidéo Silent Hill. Et dire que l'équipe de chez Konami aime le long métrage, c'est un bas mot... les jeux regorgent de références à celui-ci, que ce soit le métro du troisième volet ressemblant traits pour traits à celui du film, d'une des fins cachées du jeu pratiquement copiée de son modèle ou encore les différents plans symboliques repris (comme le très connu plan de la bicyclette).
Mais l'inspiration la plus prononcée est plus profonde qu'on pourra le croire. Dans Silent hill 2, les monstres ont pris le même chemin que celui du chef d'oeuvre d'Adrien Lyne : Il ne s'agit pas de simples monstres fait pour dégoûter ou faire peur mais sont des matérialisations de souffrances et des tourments qu'affronte le personnage principal. Aucun n'est fait au hasard, ils ont une signification, une raison d'être là, et en les analysant, on en apprend beaucoup sur l'histoire et ce qu'elle essaie de nous dire. Silent Hill, c'est sans doute l'hommage le plus profond qu'un auteur ait jamais fait à un autre auteur qu'il respecte.

L'échelle de Jacob ne sera sans doute jamais aussi connu que certains ténors du genre et c'est bien dommage. Mais même s’il restera un peu dans l'ombre, caché dans un petit royaume, il en est définitivement le maître. Avec son histoire profonde, son imagerie dérangeante et anxiogène et tout ses petits détails qui le rendent à la fois horrible et fascinant à regarder, c’est un excellent film que tout amoureux du cinéma doit essayer. Que le voyage vous soit horrible et amusant.

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