Pop Fixion

Inhumains vs X-Men : le clash des espèces

Lentement mais sûrement, Marvel a remplacé les X-Men par les Inhumains au sein de l'univers Marvel, marginalisant les enfants de l'atome sans réussir à convaincre les fans.

Durant les années 60, date de création de l'univers Marvel moderne, les artistes explorent toutes les pistes possibles. On découvre les Avengers qui protègent la Terre, les mutants qui essayent de survivre malgré leur différence, les Quatre Fantastiques qui explorent l'univers... Progressivement, dès la fin des années 70, et surtout dans les années 80, ce sont les X-Men qui s'affirment comme les stars de l'éditeur. On n'oublie pas Spider-Man, mais la profusion de sagas et de séries mutantes dès les années 90 les placent comme les chouchous du public.

L'identification est facile avec ces personnages. Chaque être humain est susceptible de se découvrir un pouvoir extraordinaire à sa puberté, période très importante dans la vie de chacun. Ce ne sont pas des génies, des magiciens, des dieux ou des aliens mais de simples mortels qui sont transformés et sont traqués pour cette différence. La mixité est importante, avec des individus de tous sexes, origines et philosophies de vies. 

Les Inhumains sont similaires, mais possèdent deux différences fondamentales : leur pouvoir est volontairement activé par l'inhalation de la Brume Tératogène et c'est un peuple secret, limité à une lignée d'humains modifiées il y a des millénaires de cela par des aliens. Ce sont en quelque sorte des élus et leur nombre est restreint, alors qu'au début des années 2000, les mutants se comptent en dizaines de millions et vivent partout à travers la planète.

La déchéance des mutants

On a longtemps défini les mutants comme la nouvelle espèce dominante, l'Homo Superior, celle amenée à surpasser les humains, comme les Sapiens qui avaient exterminés les Néandertaliens. Magnéto se veut l’étendard de cette sombre prophétie. Mécaniquement, l'humanité évolue grâce à la mutation. Au départ peu nombreux, les mutants pullulent à l'aube du nouveau millénaire et l'espèce arrive à un point critique : elle doit cohabiter avec les humains ou les remplacer. Ne pouvant avoir une Terre remplie de mutants, sous peine de mettre en danger la crédibilité des autres séries de son catalogue, Marvel décide de freiner, voire carrément inverser ce mouvement.

Après les années fastes de Chris Claremont, scénariste des X-Men entre 1975 et 1992, la franchise mutante est mal en point. Les histoires ne sont franchement pas folles, jusqu'à l'arrivée de Grant Morisson en 2001. Le scénariste écossais dynamise amprs la licence en s'inspirant de l'esprit du film sorti un an plus tôt. Une véritable folie créative où l'auteur débute son run par un génocide, celui de Genosha. C'est simple, une Sentinelle géante débarque sur l'île et massacre ses 16 millions d'habitants. Le paradis des mutants est détruit et l'espèce connaît là son premier avertissement. La franchise X-Men s'en retrouve profondément secouée.

Quatre années plus tard, Marvel passe à la vitesse supérieure. Cette fois, c'est l'ensemble du peuple mutant qui est visé. Suite à House of M, la Sorcière Rouge décide qu'il n'y aura plus de mutants. Bien sûr, seulement 200 d'entre eux survivent à l'affaire, les autres étant privés de leur mutation et donc de leur pouvoir. Pire, plus aucun enfant ne peut naître avec le gène X. C'est une condamnation à mort, une extinction assurée. Créativement, la chose est excellente. Née dans un crossover, cette saga se diffuse dans toutes les séries X-Men. Pendant plusieurs années, on suit les efforts de Cyclope et de ses camarades qui cherchent le remède à leur fin programmée, tout en survivant aux assauts de ceux qui veulent les achever.

La réponse arrive en 2009 avec Second Coming, qui offre enfin la naissance de quelques nouveaux mutants. À peine remis de cette menace, les X-Men doivent faire face à un schisme idéologique entre le camp de Cyclope et celui de Wolverine. Puis vient Avengers Vs X-Men, une guerre autour du Phoenix, entité cosmique qui pourrait définitivement sauver le futur enfants de l'atome. C'est le cas, même si dans les faits, cela prend du temps avant de voir de nouveau un peuple mutant vigoureux, bien que jamais aussi fort qu'avant. C'est alors qu'arrive l'excellent relaunch Marvel NOW. Malheureusement, le scénariste Brian Michael Bendis, excellent sur la franchise Avengers, dirige les mutants sur une pente hasardeuse avec une histoire inachevée. De manière globale, on a l'impression que Marvel ne sait plus quoi faire de ces personnages après des années à éviter l’extinction dans de nombreux séries cultes.

La montée en puissance des Inhumains

Pendant ce temps-là, les Inhumains vivent dans leur coin sans trop se joindre aux événements importants de l'univers Marvel. Ils vont toutefois se retrouver impliqués malgré eux dès 2007 lors de Silent War, suite à House of M, quand Vif Argent vole leurs cristaux pour essayer de trouver un remède à la crise vécue par les mutants. Au même moment, Flèche Noire partage avec les Illuminati certaines décisions désastreuses, dont celle qui engendrera World War Hulk. Il met alors en danger son peuple en l'exposant. Les Skrulls vont ainsi infiltrer les Inhumains pour éviter qu'ils ne gênent leur invasion de la Terre.

Cette attaque va enfin faire bouger cette espèce créée artificiellement. Quittant la Terre pour se venger des Skrulls, ils vont jusqu'à conquérir ce qu'il reste de l'empire Kree. Devenus une force qui compte dans la galaxie, ils entrent en conflit avec l'empereur des Shi'ars, un mutant, frère de Cyclope, le dénommé Vulcain. C'est War of Kings. Vous voyez les liens se tisser entre les deux peuples ?

Cette terrible guerre laisse les Inhumains orphelins de leur roi. Flèche Noire revient peu de temps après, alors que le scénariste Jonathan Hickman dirige les aventures des Quatre Fantastiques. Il nous dévoile à cette occasion l'existencede  groupes d'inhumains disséminés à travers la galaxie. En quelques épisodes, ce peuple voit sa taille gonfler et sort encore plus de son isolation. Toutefois, Hickman va plus loin et change à jamais la vie de ce peuple à l'occasion du très bon crossover Infinity en 2013.

Alors que Thanos essaye de conquérir la Terre, le super-vilain cherche son fils caché chez les Inhumains. Face à Flèche Noire, le tyran galactique tombe dans un piège mais il survit. Ce n'est pas le cas d'Attilan, la cité des Inhumains, qui se transforme en champs de ruines. Cependant, l'important est ailleurs. Lors de la destruction du foyer des Inhumains, les Brumes sont libérées et l'on découvre qu'elles peuvent aussi transformer une minorité d'humains portant un gène spécifique. Un nuage toxique commence alors à se répandre à travers la planète, révélant chaque jour de nouveaux Inhumains. Cette espèce émerge donc aux yeux du grand public et s'installe comme une force politique et militaire de l'univers Marvel.

L'épineux problème des adaptations

Avant d'analyser le sort inversé de ces deux peuples, penchons-nous sur les raisons derrière cette politique éditoriale. Pour Marvel, le constat est simple. Ayant vendu les droits d'adaptation des X-Men au cinéma à la Fox à la fin des années 90 pour éviter la faillite, l'éditeur se retrouve piégé par l'exploitation de cette licence. Les films Marvel Studios ne peuvent pas utiliser le concept de mutant. Souhaitant offrir la passerelle la plus simple entre ses films et ses comics (les cas Coulson et Nick Fury sont exemplaires), l'éditeur a besoin de remplacer les X-Men vers 2012 et le succès d'Avengers au cinéma. 

Les Inhumains sont la cible idéale, mais ils sont isolationnistes. Il faut donc tout d'abord révéler l'existence d'exilés inhumains qui se sont disséminés il y a des millénaires au sein de l'humanité. Se faisant, on retrouve le concept crucial d'identification, basé sur les lointaines origines de nos ancêtres. Tout le monde peut être touché par le nuage libéré lors d'Infinity. Enfin, n'oublions pas que les aventures des X-Men tournent en rond alors que le potentiel des Inhumains est énorme. Alors, aux forceps, l'éditeur invente une excuse pour faire des Inhumains les nouveaux mutants.

La destruction des mutants

Initialement, un fan des mutants n'est pas gêné par cette évolution des Inhumains. Ce qui compte, c'est le sort réservé aux X-Men. Problème, Marvel va petit à petit réduire leur marge de manœuvre. Depuis AvX, Cyclope est sur une voie suicidaire, se posant comme le nouveau Magnéto. Il y a aussi le cas des Premiers X-Men ramenés du passé et piégés dans le présent. L'idée est excellente, jusqu'à ce que l'on découvre que personne ne sait comment les renvoyer à leur époque. Genre, vraiment personne. Marvel abandonne même cette idée et ne conclut pas ses histoires, Secret Wars venant tout balayer sur son passage. Sans oublier la mort de Wolverine, ce qui enlève une icône à cette franchise.

Après le crossover géant qui permet de faire quelques légères modifications de continuité, le destin des mutants est géré par de nouveaux auteurs en 2015 lors du relaunch All-New All-Différent Marvel. On avait laissé les X-Men rassemblés autour de Cyclope déclarant à l'humanité que les mutants ne se cachent plus. On les retrouve après Secret Wars sous le choc, en fuite et éparpillés. Cyclope est mort et les X-Men ont caché leur base en Enfer. Pourquoi ? Le nuage de Brumes Tératogènes des Inhumains, qui traverse la Terre, s'est finalement révélé toxique pour les enfants de l'atome !

C'est un nouvel arrêt de mort pour les mutants. Cependant, la ficelle scénaristique est un peu trop facile. Chaque mutant réagit à sa manière à ce nuage, l'éventail des réactions allant de nausées à la mort pure et simple. Comme lors de la Décimation, l'époque qui a suivi House of M, on voit la main grossière des éditeurs, qui peuvent choisir qui est plus ou moins résistant. De plus, de manière générale, les cinq séries X-Men ne sont pas d'un très haut niveau, il n'y a rien d'exceptionnel. On a l'impression que les auteurs gèrent les affaires courantes jusqu'à la grosse histoire qui va les faire affronter les Inhumains.

La glorification des inhumains

Revenons à la nouvelle espèce dominante. Suite à Infnity, Marvel lance Inumanity, un évent qui veut donner le coup d'envoi de cette nouvelle ère. Malheureusement, le projet éditorial tourne au fiasco. Le scénariste Matt Fraction quitte le navire en cours de route et est remplacé par Charles Soule, l'étoile montante des comics. Il y a des retards et l'histoire est confuse, comme si elle était réécrite. Finalement, ce projet n'aide pas à donner le bon élan aux Inhumains, celui qui en fera des stars comme les Avengers et les Gardiens de la Galaxie. Quant à la série Inhumans qui doit donner le ton, elle remplit son rôle sans s'imposer comme une lecture inoubliable. Jusqu'à Secret Wars, on sent bien que les Inhumains vont prendre de plus en plus d'importance, mais dans les faits, la licence reste faible, aussi bien artistiquement qu'en terme de ventes. 

Avec All-New All-Différent Marvel, l'éditeur passe à la vitesse supérieure et lance une demi-douzaine de séries pour cette franchise, autant voire plus que les X-Men. Les scénaristes ont beau essayer d'établir différentes factions au sein de ce peuple, les histoires restent centrées sur la famille royale, autour de Médusa et Flèche Noire. D'ailleurs, depuis Infinity, ce dernier est bien en peine. Il doit laisser sa place aux nouveaux Inhumains, pour ne pas les éclipser, mais le casting secondaire n'arrive pas vraiment à peser sur le cours des événements, malgré quelques bonnes idées.

Si les X-Men sont eux aussi centrés sur leurs piliers, c'est à dire les membres les plus anciens à quelques exceptions près, on a vu plusieurs mutants devenir cultes au fils des ans. Il manque cette étincelle chez les Inhumains. Quant aux héros gravitant autour de la famille royale, comme Miss Marvel ou Moon Girl, ce sont avant tout des personnages existant par elles-mêmes dans leurs propres séries régulières. Elles pourraient être mutantes que les thèmes et aventures seraient similaires. Tout reste donc lié aux décisions de Médusa, reine des Inhumains à la place de son époux, et donc à la qualité de ses aventures à elle.

L'occasion manquée

Résumons : les X-Men essayent tant bien que mal de survivre, avec des histoires médiocres qui comblent le vide les séparant de la résolution de leur crise. On fait durer le suspense. En face, les Inhumains essayent par tous les moyen de s'imposer comme les nouveaux protecteurs de la Terre, afin d'assister ceux qui révèlent leur appartenance à ce peuple. Malheureusement, Charles Soule n'arrive pas à offrir ce souffle de grandeur nécessaire pour faire basculer ces personnages dans une nouvelle dimension. Le résultat n'est pas catastrophique, mais on attend les arcs qui vont nous faire chavirer.

Marvel est dans une impasse pour moi. Les fans sont peinés de voir les mutants maltraités, moi y compris, et ne sont pas spécialement fans des Inhumains. En novembre 2016, si on prend les ventes des séries mutantes, au sein du Top 300, Uncanny X-Men est 77ème, Extraordinary X-Men 85ème et All-New X-Men 94ème. Quant à Uncanny Inhumans, la série végète à la 114ème place, voire à la 126ème pour l'épisode 16. All-New Inhumans a été annulé au bout de 11 numéros, c'est dire si le succès n'est pas là. Au-delà de la 100ème place, une série ne compte pas et ne survit que pour des raisons scénaristiques ou par volonté d'avoir un catalogue équilibré.

Il faut booster ces deux franchises. Marvel a publié cet automne Death of X, une mini-série révélant le sort de Cyclope après Secret Wars. On nous en a beaucoup parlé dans les séries mutantes, on attendait donc cette histoire avec impatience. Le résultat est mitigé, si ce n'est mauvais, surtout que certains mutants adorés sont sacrifiés pour rien... D'ailleurs, le simple fait de choisir un dessinateur de moindre importance révèle la faible priorité des X-Men.

Puis vient IvX, soit Inhumains vs X-Men. L'éditeur veut en faire le nouveau AvX, un carton à l'époque, mais l'histoire ne commence pas bien. Notons toutefois une progression dans les dessins, avec Kenneth Rocafort pour le numéro 0 et Leinil Francis Yu pour les deux premiers épisodes. Toutefois, la suite du crossover est illustrée par Javier Garron, autant dire un inconnu. C'est le drame des mutants. Leur lente mort se fait dans l'indifférence.

Il existe une lueur d'espoir. Après IvX, chaque franchise sera relancée. Coté mutants, il y a un progrès vu le nombre de séries, mais une nouvelle fois on ne peut pas dire que Marvel met à la disposition de cette franchise culte ses artistes stars. Quant aux Inhumains ? Al Ewing reprend le flambeau. Bonne chance.

5 commentaires

  1. larry
    Le 26 décembre 2016 à 21:23

    Franchement je n'ai jamais compris leurs résonnement la sorcière rouge tue pratiquement tous les mutants avec un seul mot pesonne lui en veux, Cyclope enivré de par le pouvoir du Phénix tue Charle Xavier et tout le monde lui en veux !

  2. Farid
    Le 28 décembre 2016 à 17:54

    Merci pour ton commentaire larry ! La seule raison à mes yeux valable, c'est que Cyclope a toujours été vu comme un leader des X-Men et donc de la communauté mutante, alors que la Sorcière Rouge était à la base une super-vilaine

  3. Captain Raziel
    Le 29 décembre 2016 à 11:12

    Très bon article, que je suis content d'avoir lu parce que j'avais bien sentis la fin des X-Men (essentiellement par rapport aux films) mais maintenant j'en sais beaucoup plus.

  4. jul
    Le 11 avril 2017 à 19:22

    farid, je ne peux que rejoindre ton avis. C est la misere pour les fans des xmen et la suite s annonce tout aussi nulle helas.

  5. Farid
    Le 13 avril 2017 à 17:59

    @jul : on ne sait jamais, peut-être que les scénaristes vont nous surprendre :) c'est déjà bien de voir Marvel proposer un bond en nombre de séries. Après, un très gros relaunch se prépare après Secret Empire et l'éditeur ne s'est jamais privé de faire des coups à court terme, donc on c'est peut-être une transition

Sur le même thême

Pop Fixion

A propos de Pop Fixion

Pop Fixion est un magazine proposant des articles sur la Pop Culture et ses médias : comics, mangas, BD, jeux vidéo, films, animation, séries tv et romans.

Informations complémentaires

Vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent conformément à l'article 34 de la loi "Informatique et Libertés" du 6 janvier 1978. Vous pouvez à tout moment demander que vos contributions à ce site soient supprimées.