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Power Rangers, tout sauf ringard !

Go, Go, Power Rangers ! Un chant qui a résonné dans le coeur de tous les petits garçons des années 90 et qui pourrait revenir à la mode en ce printemps 2017.

Power Rangers est une licence connue et reconnue à travers le monde, adulée par les enfants des années 90, aujourd’hui agés de 25-30 ans, pour qui la série fait figure de madeleine de Proust. Si Jason, Zack, Billy, Tommy, Trini et Kimberly nous ont particulièrement marqué, il y a eu bien d’autres protagonistes au cours des 23 saisons que compte actuellement la franchise, soit pas moins de 831 épisodes diffusés depuis 1993 ! La sortie d’une adaptation cinématographique ce mois-ci est logiquement l’occasion parfaite pour rendre hommage à ce monument de la pop culture, souvent moqué mais toujours apprécié.

Super Sentaï, les héros du soleil levant bien méconnus

Au Japon, le genre télévisuel des Sentai (ou Super Sentai) existe depuis 1975. Notons que cette dénomination ne fût créée que plus tard. Vous pouvez lire notre article qui dévoile cet univers très particulier que l’on connaît en France depuis la diffusion de Bioman en 1985. Il existe à la base de ce genre une franchise ou famille de personnages qui regroupe ces super-héros japonais sous le nom de Super Sentai, qui peut se voir comme une seule série qui comporte à ce jour 41 saisons,ce qui fait environ 2000 épisodes ! C’est un format anthologique avec un renouvellement annuel de l’équipe, des enjeux et des pouvoirs des personnages.

Avant les Power Rangers, il y a donc eu Super Sentaï ou plutôt, avant chaque équipe de Power Rangers, il y a eu un équivalent Super Sentaï. L’un est une adaptation occidentale de l’autre. Ainsi, ce que nous appelons Mighty Morphin Power Rangers (la première version de la licence, qui sera présente durant 3 saisons et un film) est connu par les japonais sous le nom de Kyōryū Sentaï Zyuranger (diffusion en 1992), Gosei Sentaï Dairanger (1993) et Ninja Sentaï Kakuranger (1994). Ce sont 3 saisons de la série Super Sentai qui ont servi de base à une adaptation américaine puis mondiale.

En 1993, Power Rangers envahi TF1 et le Club Dorothée, émission de jeunesse culte. Nous, les occidentaux, avons donc été dupé pendant des années en pensant que tout avait été créé par Saban, détentrice des droits en dehors du Japon, et que Power Rangers était une série purement américaine. Que neni mes amis ! Derrière chaque équipe de Power Rangers va se cacher un équivalent Super Sentaï, les deux franchises évoluant simultanément. Ainsi, Saban possède les droits de chaque saison de Super Sentaï mais propose au public occidental un montage particulier ne conservant que les scènes d’actions, robots et vilains (soit le coeur du concept) et en remplaçant le reste, c’est à dire l’enrobage sur la vie des héros. 

Power Rangers, c’est seulement les scènes au calme où nos amis adolescent/jeunes adultes vaquent à leurs occupations et leurs amourettes, ce qui permet au public occidental de pouvoir s’identifier plus facilement. Ce sont donc des acteurs américains qui jouent les scènes non-costumées. Il y a même un “quota” ethnique pour toucher tout le public. Globalement l’histoire est souvent sensiblement la même, même si la version japonaise comprend presque à chaque fois qu’une seule fille dans l’équipe, pour deux en Occident. Il y a aussi pas mal de censure et quelques changements scénaristiques mineurs, mais on n’est plus à un altération près.

Go, Go, Power Rangers … Ok mais c’est quoi ?

Si vous n’avez jamais vu un épisode de Power Rangers, il est temps de vous plonger dans un gros délire typique des années 90, à base d'humour et de chorégraphies digne des plus grands nanars. Il y a eu plusieurs séries Power Rangers et si l’histoire diffère légèrement à chaque fois, au final, on est souvent dans la même configuration. Tout commence avec cinq adolescents/jeunes adultes qui trouvent chacun un Morpheur, outil qui leur permet de se transformer en Power Rangers, reconnaissaibles à leurs tenues de couleur qui ont fait le succès de la saga. C’est l’équivalent de la bague des Green Lantern, l’objet qui permet la transformation, le jouet que tous les enfants rêvent d’avoir.

Comme l’as dit l’oncle d’un célèbre homme araignée : “Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités”. C’est alors que ces héros apprennent, souvent par un mentor cosmique aidé d’un robot/machine (Zordon dans le cas de cette série), qu’ils doivent vaincre un tyran (souvent intergalactique) qui est très bien entouré. Ils apprendront de nouvelle techniques, obtiendront de nouvelles armes, de nouveaux Zord, etc...

Attention, ces fameux Zords ont une utilité très importante. Chaque Ranger est affilié à un robot (ou une variante comme des dinosaures), ce qui lui offre une puissance supplémentaire pour protéger la Terre. Le truc qui rend fou le téléspectateur, c’est que ces robots peuvent fusionner ensemble afin de former un MegaZord, qui à l’apparence d’un robot géant classique de la Pop Culture japonnaise. Les Rangers sont alors regroupés ensemble dans le cockpit pour piloter le MegaZord et vaincre le méchant.

Une mécanique bien huilée

Chaque bataille se déroule immuablement en trois temps. Tout commence par une baston contre des Foot, des ennemis génériques très nombreux. Le méchant de l’épisode fait alors son apparition pour mettre une branlée aux Rangers. La seconde partie consiste à revenir se battre contre le méchant à l’aide de nouvelles techniques/armes, ce qui permet de passer des messages éducatifs sur la valeur de l'entraînement, la camaraderie et la courage. Vaincu, le méchant utilise son joker pour changer de taille et devenir un géant grâce à un rayon spécial. C'est la phase 3 et le moment où les Rangers font appel à leurs Zords grâce à une danse bien ridicule, mais connu de tous les jeunes spectateurs. Avec une épée démesurée pour le MegaZord, le vilain se fait découper. On pourrait aussi parler des sauts démesurés des Rangers, avec un plan bien marrant lors de la réception, ou de leurs manières de se battre, assez caricaturale, mais c’est ce qu’on adore !

Il est important de noter que l’on aura à chaque saison au moins six Rangers, le nouveau venu faisant son apparition quand le groupe est réellement en danger. Il est arrivé que l’équipe atteigne les dix membres, comme dans Dino Super Charge, pour affronter plus d’une quinzaine de monstres, un MegaZord qui évolue, plusieurs configurations de Rangers (costumes qui peuvent changer au cours de la saisons, nouvelles armes), etc …

Vous voyez où je veux en venir ? Non ? Pas du tout ? Et bien c’est simple, tout ça est particulièrement et très intimement lié au marketing ! Tout comme la création des Transformers, les Super Sentaï et Power Rangers sont des séries marketing visant à vendre des jouets à foison. C’est une technique typique des années 90 avec des productions à petit budget qui font la part belle aux explosions et aux mauvais effets spéciaux nécessitant très peu de montage. Il y a 50 épisodes par an pour Super Sentaï, soit un rythme hebdomadaire infernal, mais c’est une incroyable cash-machine.

Haim Saban ou l’ambassadeur du Japon aux Etats-Unis

Haim Saban est un homme d’affaire americano-israelien. Si son nom ne vous est pas inconnu, c’est qu’il a créé et a été à la tête de la société Saban Enternainment, entreprise à l'origine des Power Rangers et de bien d’autres séries live comme Masked Rider, VR Troopers et Beetleborgs (n’oublions pas Tortues Ninja : La Nouvelle Génération ….).

Il est aussi connu en France comme producteur de disque dans les années 70/80 et surtout producteur de bande originales de séries TV comme Goldorak, Ulysse 31, Starsky et Hutch ou encore Dallas. Il est aussi à l’origine de la diffusion aux USA de Dragon Ball Z, Samourai Pizza Cats, Ulysse 31, Les Mystérieuses Cités d’Or, Inspecteur Gadget ou encore les trois premiers Digimon.

Sa société a revendu les droits de Power Rangers à Disney en 2001, mais en 2010, elle les rachète sous le nom de Saban Brands LLC, qui servira à gérer et distribuer les programmes et produits dérivés Power Rangers, qui revient donc à la maison. C’est l’homme à qui l’on doit ce phénomène assez particulier dans la Pop Culture et sa société va exploiter le concept jusqu’à la moelle.

L’ère Zordon, Mighty Morphin, Zeo, Turbo, In Space !

Saban a voulu créer un feuilleton avec les Power Rangers, contrairement à Super Sentaï qui change de casting chaque année. Pour les premières saisons, on conserve les mêmes acteurs, ce qui fait que l’on considère Power Rangers : Mighty Morphin comme une série à part entière de trois saisons. Comme vu plus tôt, il a fallu faire un savant mélange entre des éléments de Super Sentaï Kyōryū, Sentaï Zyuranger, Gosei Sentaï Dairanger et Ninja Sentaï Kakuranger, des saisons indépendantes de la série Super Sentaï.

Par exemple, le costume du Ranger Blanc est tiré de Gosei Sentaï Dairanger ainsi que ses mechas. Ninja Sentaï Kakuranger est utilisé lors de la saison 3 et le film pour les costumes et les mechas. D’ailleurs, le film sorti en 1995 est hors continuité car c’est une sorte de résumé de la saison 3 (qui comprend les pouvoirs de ninja), mais ne s’inscrit donc pas dans la continuité de la série. Oui, c’est compliqué mais fascinant.

La fin de la continuité

On appelle parfois série ce qui est en réalité des saisons du show Power Rangers, pour mieux différencier les époques. Au départ, il y a une continuité d’année en année, avec une nouvelle génération de Rangers qui fait immanquablement son apparition. Certains sont de la famille de héros qui les ont précédés, d’autres n’ont aucun lien.

Ainsi, les séries Power Rangers Zeo, Turbo et In Space (Dans l’espace) réutilisent Zordon (le mentor des héros), ainsi que pas mal d’acteurs d’origine, notamment Jason David Frank, le plus célèbre comédien de la franchise Power Rangers. Sa situation est symbolique : il passe du rôle de Ranger Vert à Blanc dans Mighty Morphin, puis devient le Ranger Rouge dans Zeo et Turbo. Celle-ci aura d’ailleurs le droit à un film canonique sous forme de prequelle qui fait le lien avec Zeo.

Au final, ces quatre séries (si on ajoute Alien Rangers, on obtient les 7 premières saisons de la licence) ne forment qu’une seule et même histoire qui fait la part belle à l’évolution de cet univers. Chacune utilise différents Super Sentai comme source, Saban se chargeant de rendre le tout cohérent. Le dernier épisode de Turbo est marqué par la mort de Zordon, signe de la fin d’une ère. 293 épisodes, plus de 6 années de diffusion et un succès mondial.

De Lost Galaxy à RPM

En 1999 est lancée Power Rangers : L’autre Galaxie. La licence opère alors un revirement stratégique qui la rapproche de son inspiration japonaise. Elle devient anthologique. Concrètement, le casting change à chaque saison, avec une histoire indépendante et des méchants sans liens avec ceux qui les précédent. Chaque année, une nouvelle aventure est proposée au public. Elle est basée sur une seule série Super Sentaï à la fois, ce qui simplifie la production et rapproche le show d’une adaptation pure et simple.

Les saisons adoptent progressivement un nombre d’épisode de plus en plus faible. Celles de l’ère Zordon (les débuts de la licence) avaient le droit à 45-50 épisodes, allant même jusqu’à 60 pour la première de Mighty Morphin. Après Lost Galaxy (L’autre galaxie), les saisons se réduisent. De Lightspeed Rescue (Sauvetage Eclair) en 2000 à SPD (Super Police Delta) en 2005, on passe à 38-40 épisodes, pour atteindre 32 épisodes avec Mystic Force (Force Mystique) et RPM en 2010.

Walt Disney Company distribue la licence de 2003 à 2010, soit de Ninja Storm (Force Cyclone) à RPM, c’est à dire 7 saisons. C’est elle qui réduit le nombre d’épisodes, afin sûrement d’amortir les coûts vu la baisse d’audience. En France, à cette époque il y a tout d’abord une diffusion sur Jetix, chaine du cable, puis sur TF1 bien plus tard. Le public se désintéresse progressivement, malgré les nombreuses pubs sur les jouets, alors que la qualité globale n’est pas en baisse. Au contraire, Mystic Force apporte un énorme vent de fraîcheur dans l’univers avec de la magie. Que penser aussi de Dino Tonnerre, tout un concept qui mélange Ranger et dinosaures, avec surtout pour Ranger Noir … Jason David Frank !

De Samurai à nos jours

En 2011, Saban Brands LLC reprend les rênes de Power Rangers. C’est l’occasion de bouleverser une nouvelle fois la direction prise par la série, avec un changement drastique pour la diffusion. Exit les saisons au format de 50, 40 ou 32 épisodes : on passe maintenant à un format classique de 20 épisodes qui pourront être complétés de 2 ou 3 épisodes spéciaux. Mais ce n’est pas tout ! Les saisons sont désormais regroupées en duo, ce qui permet d’offrir une suite directe. Moins d’épisodes mais plus d’ambition créative, avec une production moins cheap et des décors de meilleure qualité.

Entre 2011 et 2017, il y a eu quatre sagas Power Rangers : Samurai, Megaforce, Dino Charge et Ninja Steel. Chacune obtient une suite avec le même nom auquel on ajoute le préfixe Super (hommage au matériel d’origine). Ainsi, Samurai est suivie par Super Samurai. Détail important, le Super Sentaï utilisé pour cette saison-là (Samurai Sentaï Shinkenger) sert aussi pour sa suite. Il y a un triple avantage :  moins de droits à payer car une utilisation d’un seul Super Sentaï pour deux saisons, possibilité de zapper une série (et son thème) pour ne pas utiliser un matériel de mauvaise qualité et bien sûr des économies de production, celle-ci étant étalée sur deux ans.

Megaforce et sa suite Super Megaforce servent de saisons anniversaire pour les 20 ans de la série. Les rangers utilisent les pouvoirs de leurs prédécesseurs (ils revêtent même leurs costumes). C’est Kaizoku Sentaï Gokaiger qui est utilisé pour les costumes de Super Megaforce. Nous avons même le droit à l’apparitions d’anciens Rangers (ceux de Jungle Fury et Samurai) et bien sûr, l’icône de la franchise, Jason David Frank, lors de la bataille ultime qui réunit des centaines de Rangers ! Dino Charge et Dino Super Charge sont les dernières diffusées en France, tandis que Ninja Steel est en cours de diffusion aux Etats-Unis. Super Ninja Steel est déjà prévue pour 2018 et reprend le concept de Shuriken Sentaï Ninninger.

Power Rangers par Lionsgate

Cette semaine sort au cinéma le film Power Rangers produit conjointement par Lionsgate et Saban. Nous sommes ici sur une réécriture totale de la saga initiale Power Rangers :  Mighty Morphin pour attirer un nouveau public. Exit les costumes moulants aux couleurs criardes et les effets spéciaux cheap, on modernise tout ça. Cependant, nous retrouverons les héros d’origines Jason, Kim, Billy, Trini et Zack dans la ville d’Angel Grove. Ces derniers obtiendront des pouvoirs qui leur procureront une super force et une armure.

L’ennemie sera Rita Repulsa, bien connue des fans, qui adopte elle aussi un nouveau look bien plus moderne. Cette réécriture pourrait permettre à Power Rangers de redorer son blason et d’être cataloguée autrement qu’une série à petit budget avec des hommes multicolores en collant. Le budget est énorme comparé aux anciens films (150 millions pour le nouveau alors que le premier avait coûté 15 millions et le second 8 millions...).

Un comic-book nommé Power Rangers Aftermath est déjà sorti et raconte une histoire qui se déroule après le film, les producteurs espérant lancer une franchise cinéma. Il y a même déjà un teaser sur la toile pour l’annonce du second film. C’est simple, si le succès est au rendez-vous, le réalisateur a annoncé avoir un projet pour 6 autres opus ! Avec un tel revival de la licence (un comics reprend l’histoire de Mighty Morphin pour proposer une suite alternative), l’enjeu est énorme pour Saban, mais aussi pour les fans qui vont enfin pouvoir faire découvrir leur passion au plus grand nombre.

Entre les séries qui nous rappellent chaque année que nous vieillissons physiquement, mais pas mentalement, le film au cinéma qui va réveiller l’enfants en chacun de nous et les rayons des magasins de jouets remplis de figurines qui provoquent nos portefeuilles, nous n’avons pas fini de voir ces Rangers dans nos vies. N’oubliez pas… GO, GO, POWER RANGERS !

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