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The Leftovers, une série unique

Avec le retour de The Leftovers sur nos écrans, on revient sur les 2 saisons déjà diffusées: entre disparitions, traumatismes, croyances et mystères… Bienvenue à Mapleton !

Un 14 octobre, sans mise en garde ni explication 2% de la population du monde disparaît. Dans la petite ville de Mapleton à New York, quelle va être la réaction et le quotidien de ceux qui restent 3 ans après ? C’est ce dont traite The Leftovers, la série HBO du créateur de Lost. Composée actuellement de 2 saisons de 10 épisodes de 55 minutes environ chacun, la série est un drame fantastique truffé d’ingéniosité.

Ceux qui restent

The Leftovers est une série télévisée, dont la troisième et dernière saison débute sa diffusion ce 16 avril 2017 sur HBO et OCS. Il s’agit d’une adaptation du livre Les disparus de Mapleton écrit par Tom Perrotta paru aux Etats-Unis en 2011, qui participe également à l’écriture de la série avec Damon Lindelof, connu pour être le co-producteur de la série Lost et pour avoir écrit des films comme Star Trek into darkness, Prometheus et Tomorrowland. La série est souvent qualifiée comme un typique projet de Lindelof, car elle aborde des thèmes qui sont souvent visibles dans ses différentes œuvres avec beaucoup de mystères semblant n’avoir aucun sens et qui ne seront probablement jamais résolus.

The Leftovers prend place quelques années après un événement mystérieux, appelée La Disparition ou The Departure en version originale, où une petite portion de la population mondiale, 140 millions de personnes, disparaît sans explication - des femmes des hommes des enfants, des vieux, des bébés – La série suit alors la vie de ceux qui ont été affecté par la disparition et quels effets cela a eu sur l’humanité. Comment ceux qui restent gèrent cette tragédie, vont vivre ou survivre dans un monde où tout repère est chamboulé.

De près ou de loin tout le monde est atteint

La série possède un large casting de divers personnages qui sont uniques pour certains, quelque peu clichés pour d’autre ou encore ordinaires. Plus particulièrement The Leftovers suit la vie de Kevin Garvey incarné d’une justesse étonnante par Justin Theroux (Washington Police, Mulholland Drive, Charlie's Angels 2). Kevin est le héros typique, c’est le shérif d’une petite ville, viril, il essaie de bien faire, mais est complètement dépassé par tout ce qui lui arrive, c’est un personnage riche en nuance avec ses faiblesses, ses défauts et ses démons.

En parallèle on va suivre de près ou de loin, en fonction des épisodes, les personnes qui font partie de sa vie, sa fille Jill joué par Sarah Margaret Qualley qui jouera prochainement dans Death Note d'Adam Wingard, et qu’on a pu voir dans The Nice Guys ou Palo Alto. Dans la première saison, on la voit toujours avec sa meilleure amie Amy. Sa mère étant partie, son frère ne donnant pas de nouvelles et son père étant overbooké, Jill est l’ado mal à l’aise, déprimée, anti-sociale. Amy est la jolie fille populaire  et insouciante. On va découvrir aussi la femme de Kevin interprétée par Amy Brenneman (Casper, Private practice, Reign) qui a lâché sa famille pour vivre son culte, son fils joué par Chris Zylka (Piranha 3DD et Shark 3D et qui incarne le personnage Flash Thompson dans The Amazing Spider-Man.) ne donne plus de nouvelles, et est également impliqué dans un culte, différent encore, (thème comme nous le verrons, assez important de la série).

Carrie Coon (Gone Girl) est Nora Durst, majestueuse dans le rôle de la veuve qui a perdu son mari et ses deux enfants lors de la disparition, le révérend Matt, interprété par Christopher Eccleston (Petits meurtres entre amis, Thor : Le Monde des ténèbres, Docteur Who) est saisissant dans le rôle de celui qui perd la plupart de ses fidèles et tente envers et contre tous de se persuader que « The Departure » n’est pas celui décrit dans la Bible, le père de Kevin, le précédent shérif qui entend des voix et qui s’est lui-même interné en hôpital psychiatrique. On a aussi (oui le casting est large…): Liv Tyler (Armageddon, Le Seigneur des Anneaux, L'Incroyable Hulk ), Ann Down (Compliance, Philadelphia), Regina King (American Crime),... On suit les habitants de cette ville, ceux touchés directement comme Nora par l'événement et ceux qui ont été touchés par les changements opérés autour d’eux également. Puis il y a nous aussi qui sommes touchés par tout ce qu’on apprend et qu’on vit à travers notre visionnage.

Comme percutés par un cerf

L’écriture de The Leftovers, est très inventive et audacieuse. Ce n’est pas juste le fait que Tom Perrotta soit venu avec le concept même de la disparition, mais les créateurs osent, ils surprennent et incluent plusieurs mystères au fil des épisodes. Chaque épisode va ouvrir notre regard sur un nouveau point, introduisant de nouveaux mystères et répondant à d’autres. Les scénaristes vont au bout de leurs idées et de ce fait c’est une série très originale et unique. Avec un rythme, une perspective nouvelle à chaque épisode, une ambiance, un visuel cinématographique, on a déjà de quoi être conquis. Il y a aussi une trame par saison qui s’éclaircit en même temps qu’elle se densifie et se complexifie et c’est ce qui rend la série de plus en plus accaparante avec un réel impact sur son spectateur, à condition d’aimer les séries qui prennent le temps de s’installer, évidemment.

L’écriture des personnages est, de mon point de vue, brillante. Elle les fait se confronter à des situations extrêmes, hors du commun et les fait réagir et évoluer de manière tellement réaliste que c'en est presque déstabilisant. Ce est exceptionnel dans cette série, au-delà du fait que la trame et les intrigues soient imprévisibles, c'est la portraitisation de l’humain et de ses réactions face à la vie et aux événements. On voit comment un personnage réagit à une fusillade, à la perte de sa fortune ou à la disparition de toute sa famille… L'un va exploser de rire, un autre perdra tous ses moyens ou même la tête. D'autres encore vont renier leurs valeurs ou s’en chercher de nouvelles. C’est simplement fou. D’ailleurs la série joue beaucoup sur cette limite entre la raison et la folie, nous poussant à nous demander si la personne qu’on suit est en train de tout imaginer, ou pas, nous donnant parfois des réponses claires mais pas systématiquement…

Lâcher prise et prise de conscience

Les scénaristes et les acteurs arrivent à nous faire ressentir, ou en tout cas à nous faire comprendre, exactement comment le personnage que l’on suit dans l’épisode se sent et ce qu’il ressent. C’est quelque chose de très perturbant dans le bon sens je dirais. Au fur et à mesure qu’on suit nos personnages on commence à s’interroger sur le bien fondé de nos jugements parfois cruels, très souvent biaisés par le point de vue incomplet que l’on a de la situation.

On se laisse complètement happer par ce qu’on regarde, en adhérant, en perdant presque son esprit critique, jusqu’à remettre en questions sur nos propres valeurs et notre vision des choses. Parfois, on se demande pourquoi cela nous perturbe autant. On arrive à comprendre les actions des personnages, tellement on s’identifie à eux, au point que l’on sait pertinemment qu’on ferait la même chose dans les mêmes circonstances… même si cela peut nous sembler peu en adéquation avec ce que l’on est, ou pensait être. On évolue avec les personnages et c’est quelque chose d’assez puissant, de particulièrement malaisant.

Mystery mystery ah

Dans cette série, on cherche moins à expliquer les phénomènes qu'à montrer leurs conséquences. On s’intéresse à ceux qui sont restés, ce n’est pas une série qui va apporter toutes les réponses à nos interrogations et encore moins à celle de la disparition, et il faut le savoir, pour éviter une certaine frustration. Comme nous le dis l’épisode 0 où les acteurs et les créateurs nous parlent des personnages et de la série, The Leftovers n’est pas une série sur les mystères, mais sur les personnages, leurs interactions et la façon dont ils vont réagir à ces mystères.

Ca parle beaucoup, même un peu trop parfois selon moi, de croyance, de plusieurs sectes, dont une se nommant Les Coupables Survivants. Dans cette secte, les membres sont tous habillés de blancs, ils ne parlent pas, fument sans cesse et vont devant chez les gens, pour fixer du regard des personnes ciblées jusqu’à ce qu’ils les rejoignent. Pourquoi fument-ils en permanence ? On ne sait pas vraiment, ce n’est jamais concrètement expliqué, c’est un fait et il faut s’habituer à ce genre de détails.

De nombreux cultes, il y aura

Comme déjà mentionné plus tôt, dans cette série, on parle de sectes et de religion. C'est une manière pour certain de se raccrocher à la vie ou de lâcher prise, c’est un des thèmes principaux de l’histoire. La religion, les sectes, les croyances, même peut-être le fait que le père de Kevin entende des voix qui lui disent quoi faire, comment le faire, est également une forme de croyance. On va avoir des opinions diverses vis-à-vis de ces sectes dans la saison 1, la série nous confronte à ces groupes, à la fois en tant que regard extérieur mais pas seulement, car on suit également ceux qui en font partie, ceux qui doutent, ceux qui viennent de rentrer, ceux qui y croient dur comme fer, les gourous, les chefs, le rapport à l’argent qu’ils entretiennent, leur manière de recruter des nouveaux disciples.

C’est archi enrichissant, mais seulement après quelques épisodes. Quand on commence à comprendre un peu plus comment ça marche, pourquoi untel a adhéré à cette cause, pourquoi celui-ci les déteste, etc. Par contre, au début, c’est juste une surenchère de sectes, de mouvement religieux et de gens un peu illuminés et c’est vraiment trop, on a l’impression que la série ne parle que de ça et d’évènements un peu bizarre, et je comprends le fait que beaucoup de gens aient vite décroché à cette série. Mais il faut vraiment persévérer car, oui le symbolisme et l’aspect religieux est un thème important mais ce n’est pas qu’une série sur les sectes et les croyances, c’est tellement plus.

Seuls les braves restent

Jusqu’au quatrième, les épisodes de la série donnent beaucoup d’informations avec énormément de références littéraires, théologiques et symboliques sans pour autant être particulièrement dynamiques. Il y a plusieurs scènes non dialoguées et on apprend à regarder et à suivre les réactions de personnages tout en apprenant l’existence de plusieurs cultes, de plusieurs mystères, de plusieurs bizarreries de l’esprit des gens, avec une banalité déconcertante et c’est dur d’accrocher dès le début, on s’ennuie presque. On est intrigué mais ça reste très confus, très lent... Mais une fois passé ce cap, on se rend compte que oui les mystères sont là mais le plus percutant et ce qui nous stimule à suivre la série ce sont les personnages et leur évolution et leur réaction face à la vie qui leur reste et à leur quête d’espoir, de sens.

Ce n’est pas vraiment important de savoir pourquoi les Coupables Survivants fument quasi en permanence. Ca n'apporte pas plus de savoir pourquoi un passant a dit un truc complètement aléatoire à un des personnages ou encore pourquoi untel rencontre toujours des oiseaux sur sa route. C’est curieux, ça nous plonge dans cette atmosphère particulière, on peut essayer de chercher des significations si ça nous chante, mais jamais on ne saura en avance quelle information aléatoire va être plus percutante qu’une autre et exploitée plus tard ou non. C’est ce qui donne aussi tout son charme à la série.

Une saison 2 solide

Dans la saison 2, on se situe dans un autre lieu et on se focalise alors plus sur le côté famille et reconstruction que sur l’absence et la perte de la saison 1. Il y a de nombreux mystères et ce côté religieux et symbolique toujours présent. Alors qu’on peut vite associer une résonance entre la première saison et les conséquences du 11 septembre aux Etats-Unis, la deuxième saison peut trouver écho à la crise migratoire. En effet, sans trop en dire, le pitch de base de cette saison est le suivant : bye bye Mapleton et bienvenu à Jarden, ville où personne n’a disparu. Considérée comme sainte, les gens se rendent en masse pour y faire leur pèlerinage. Certains vont essayer de s’y reconstruire comme c’est le cas pour certains protagonistes de la première saison.

Dans cette saison on s’intéresse à moins de personnages différents, on en a de nouveaux notamment John Murphy interprété par Kevin Carrol (Paid in Full), Evie Murphy joué par Jasmin Savoy Brown (Before You Say I Do) et Michael Murphy interprété par Jovan Adepo (Fences) et on en connaît déjà la plupart issus de la première. Il est donc plus facile de se connecter avec eux que dans le début de la précédente. Elle connaît d’ailleurs un enthousiasme plus généralisé des spectateurs et critiques. Encore une fois, certains épisodes te retournent le cerveau et te remuent de l’intérieur. L’image est toujours juste au même titre que la bande originale, toujours au point. Et puis le nouveau générique au ton joyeux détonne mais colle tellement finalement.

Une dernière saison pour clôturer l’histoire !

A la fin de la saison 2 début décembre 2015, les critiques et le public étaient tous quasiment unanime à manifester leur enthousiasme pour la série. Cependant, les audiences de la saison 2 ne dépassaient pas la barre du million de téléspectateurs. De plus, au même titre qu'à la fin de la saison 1, mal de questions restaient ouvertes mais la série pouvait très bien se terminer sur ce dernier épisode. Alors, lorsque l’annonce d’un renouvellement ne s’est pas fait directement, les fans eux n’ont pas attendu longtemps pour se tenir habillés de blanc, clope à la bouche et dotés de carnets pour s’exprimer, à l’instar des Coupables Survivants, devant les bâtiments de la chaîne. Et le 8 décembre, un communiqué de Michael Lombardon le patron d’HBO disait "C'est avec un formidable enthousiasme que nous accueillerons à nouveau Damon Lindelof, Tom Perrotta et les talents extraordinaires qui se cachent derrière la série pour une troisième et dernière saison". La saison 3 débutera donc le 16 avril 2017 sur HBO et en France sur OCS.

Damon lindelof a affirmé la fin définitive de la série avec cette saison, affirmant, au grand soulagement des déçus de Lost,  qu’il n’y aura pas de suite ou de spin-off possible après le final et que rien ne restera en suspend. Que nous aurons une clôture définitive ce cette série qui alterne entre être lente, intéressante, excitante et intense, tout en restant constante sur les très bonnes interprétations émotionnelles et relationnelles des personnages riches et étoffées qu’on a envie de suivre, qu’on déteste, qu’on ne comprend pas, et qu’on admire. On a hâte de voir comment la saison trois, à l’instar des deux autres saisons, sera rythmé par une très jolie BO et retrouver le visuel caractéristique de la série.

Il est fort probable qu’elle vous transporte, vous choque, vous éblouisse, vous touche, déprime même, une chose est sûre, elle ne vous laissera pas indifférente, et les adaptes de la série se font une joie de voir ce que nous réserve de plus fou, surprenant, éblouissant, l’ultime saison de ce petit bijou télévisuel.

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