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Weekly Shônen Magazine, un rival à la hauteur du Shônen Jump

Fairy Tail, Ippo, GTO ou Tsubasa Reservoir Chronicle, des mangas cultes qui ont été publiés dans le magazine phare de la Kodansha.

Au Japon, trois magazines de pré-publication hebdomadaire (diffusion d’une série par chapitre avant de sortir en album relié) de mangas dominent le marché depuis un demi-siècle. En effet, si le célèbre Weekly shônen Jump (Dragon Ball, Naruto, One Piece) a été lancé en juillet 1968 par l’éditeur japonais Shueisha, il n’est pas le premier à adopter un modèle ciblant les jeunes garçons en quête de héros vivant d’incroyables aventures. Dès mars 1959, la Shogakukan propose le Weekly Shônen Sunday (Detective Conan, Ranma ½).

Mieux, une semaine plus tôt, c’est un des trois plus gros éditeurs du marché, la Kodansha, qui publie le premier numéro du Weekly Shônen Magazine (WSM), sujet de cet article. Moins connu en France que le célèbre Weekly Shônen Jump, il publie comme son nom l’indique chaque semaine depuis des décennies des séries cultes. Plongeons-nous dans l’histoire de ce magazine en débutant par les œuvres qui ont fait sa légende.

Un catalogue en partie connu en France

L’objectif de cet article est de vous faire prendre conscience de l’importance de cette publication dans l’Histoire du manga. Je vais donc me concentrer sur les œuvres publiées en France afin que vous visualisiez l’impact du magazine, au détriment d'un nombre très important de séries jamais traduites... La première grosse série qui doit vous être familière est Ashita no Joe, l’histoire d’un boxeur japonais qui essaye de survivre dans son pays ruiné par la Seconde Guerre Mondiale. Paru en 1968, elle précède de quelques années le Devilman du mangaka culte Go Nagai, le père de Goldorak.

Dirigeons-nous ensuite directement vers 1990 pour retrouver une tripotée de séries qui nous sont plus familières. Le magazine bat alors des records de ventes avec l’arrivée d’un nouveau manga de boxe, Hajime no Ippo. Cette décennie verra aussi l’apparition du truculent professeur culte de la série GTO, qui a connu plusieurs spin-off et animes. Moins populaires en France mais tout aussi notables, il y a Les Enquêtes de Kindaichi, Psychometrer Eiji ou Love Hina. N’oublions pas Rave, le premier succès de l’auteur de Fairy Tail, ni Samurai Deeper Kyo, qui est pour votre serviteur un de ses premiers mangas. Quant à Get Backers, c’est une œuvre qui a possédé une jolie cote de popularité à ses débuts.

Une machine à hits

Les années 2000 sont tout aussi florissantes. Avec Air Gear, le créateur d’Enfer et Paradis s’offre un second succès mondial. Tsubasa Reservoir Chronicle ravit les fans du quatuor féminin nommé Clamp. Quant à Dream Team, malgré une audience confidentielle en France, il rend hommage au “vrai” basket, sans techniques spéciales à la Olive et Tom. On peut aussi citer les séries School Rumble, Negima, Code Breaker ou Gamaran, des shônens classiques qui ont eu leur petite popularité. Sayonara Monsieur Désespoir s’est fait remarquer pour son héros atypique et Diamond no Ace poursuit encore sa publication avec une seconde saison.

Ces séries viennent garnir les rayonnages des librairies spécialisés, mais c’est Fairy Tail qui va tout exploser à partir de 2006. Son anime finira de populariser cet univers. Sa publication a pris fin cet été avec une histoire complète en 63 volumes. Nous verrons plus tard qu’il va être difficile pour le magazine de se passer d’une telle série, mais des candidats à sa succession sont déjà bien connus du public. En effet, à la différence du marché français où l’on consomme séparément chaque manga, au Japon, le lecteur peut découvrir et suivre chaque semaine toutes les séries du magazine, ne se limitant pas à un seul titre, ce qui facilite le passerelles entre séries et la découverte de nouvelles oeuvres.

Terminons avec la décennie actuelle. Depuis 2010, peu de titres se sont fait remarquer en France. Ainsi, Over Drive n’est pas publié chez nous. Bloody Monday a été localisé dans un relatif anonymat, à la différence de A Silent Voice qui s’est révélé être un coup de cœur d’une bonne partie du public et des libraires. Son succès n’est pas aussi grand que Seven Deadly Sins, la dernière « grosse » série en date du Weekly Shônen Magazine. Débuté en 2012, elle permet d'affirmer encore et toujours la capacité du magazine à proposer des mangas de qualité et populaires. Surfant sur une vague nostalgique du manga de fantasy, SDS a élargit son audience avec une série animée diffusée sur Netflix. Elle n’a toutefois pas encore atteint la popularité de Fairy Tail, ni des grandes séries des années 90, mais reste dans le marché actuel une des valeurs sûres en terme de ventes.

Un business tentaculaire

Revenons maintenant aux racines de ce magazine. Déjà, le titre est éloquent. Shônen, cela signifie "jeunes garçons" en japonais. 10 ans avant le Jump, la Kodansha visait déjà chaque semaine ce public, avec un magazine qui mélange articles et bande dessinées. C’est un éditeur très puissant au Japon avec un catalogue varié ne se limitant pas aux mangas. Créé en 1909, la Kodansha a des ramifications dans tous les secteurs de l’industrie du divertissement, faisant de l’entreprise un groupe multimédia, même s’il a fallu des années pour engager le virage numérique.

Dans le domaine du manga, le WSM n’est pas la seule publication du groupe. Aussi bien dans les genres Shônen, Shôjo, Jôsei et Seinen, l’éditeur possède un catalogue varié avec des magazines réputés. Il y a la version mensuelle du Weekly Shônen Magazine, mais aussi un spin-off nommé Bessatsu Shônen Magazine (où est publié L’Attaque des Titans). Le WSM est donc une de ses nombreuses plateformes où l'on peut proposer la nouvelle série d’un mangaka plus ou moins connu. Tout va dépendre de la cible visée et du rythme de publication, souvent éprouvant pour un artiste.

Un business de moins en moins lucratif

Il est temps de se pencher sur les ventes du magazine. La situation au Japon est similaire à celle des USA avec les comics, voire pire vu qu’elle ne connaît aucun rebond. Le marché a connu un pic de consommation dans les années 80-90. Depuis, entre la concurrence des autres produits culturels et la forte baisse de la natalité (donc des lecteurs, même si de plus en plus d’adultes restent fidèles à ce type de publication), les ventes sont en chute libre. Malgré un léger éclaircissement au milieu des années 2000, la dégringolade s’accélère depuis 2010 et devient critique dès 2014, comme si rien ne pouvait la freiner.

Ainsi, pour le Weekly Shônen Magazine, le pic de vente a été atteint en 1995 avec plus de 4,3 millions d’exemplaires vendus par semaines. À l’été 2016, le magazine est passé sous la barre du million de copies écoulées par semaine. La baisse est continue et ne semble pas freiner, forçant l’éditeur à passer au numérique et trouver d’autres solutions. La situation n’est guère plus reluisante chez ses deux rivaux. Le Weekly Shônen Jump, le roi du secteur, est passé de plus 6,5 millions de copie vendues en 1995, année record de l’industrie, à tout juste 2 millions l’été dernier. C’est en mai 2017 que la sentence est tombée, actant le fait que le WSJ était passé sous les deux millions de copies en vente chaque semaine.

Quand au Weekly Shônen Sunday, il survit avec environ 319 000 exemplaires par semaine alors qu’il avait atteint les 2,28 millions de copies en 1983. Dans ces conditions, les magazines de prépublication deviennent avant tout des plateformes d’exposition pour lancer de nouvelles séries qui vont trouver leur public en tomes reliés, en animes et grâce à la multitude de produits dérivés, dont les jeux vidéo. Le Weekly Shônen Magazine est désormais une marque ombrelle qui accueille des artistes à la recherche d’exposition ou qui viennent renforcer le catalogue actuel. L’argent se fait ailleurs.

Un lueur d’espoir

Quelles séries sont programmées en ce moment dans le Weekly Shônen Magazine ? Nous avons vu que sa locomotive, aussi bien commerciale que médiatique, Fairy Tail, a conclu sa publication cet été avec son chapitre 545. Au Japon, la série n’était pas la seule tête d’affiche du WSM car il ne faut surtout pas négliger l’aura du manga Ippo, qui a dépassé les 1150 chapitres. Cette série est la plus ancienne de cette publication, aux côtés de Dream Team (nom japonais Ahiru no Sora) qui va bientôt prendre fin avec un peu moins de 600 chapitres. N'oublions pas Ace of Diamond, qui a donc entamé sa seconde saison après 47 tomes publiés depuis 2006.

Si l’on cherche les séries déjà établies mais ayant encore une marge de progression, aussi bien en terme de ventes que d’histoire, il y a bien sûr Seven Deadly Sins qui n’a que dépassé son chapitre 250. On pense aussi au manga de foot Days qui a atteint les 200 numéros. Il faut aussi prendre en compte deux séries non publiées en France : Seitokai Yakuindomo qui se rapproche du chapitre 450 (une comédie au format de panel en 4 cases, spécificité japonaise) et Baby Steps, d’une longévité similaire (un manga sur le tennis). Reste à mes yeux Fire Force, qui a dépassé son 100ème chapitre et bénéficie de l’aura de sa mangaka, la créatrice de Soul Eater. La nouvelle pépite du magazine ? Affaire à suivre.

Le Weekly Shônen Magazine suit les tendances du marché. Ses ventes sont en baisse malgré des succès récents. La perte de Fairy Tail pourrait accélérer le phénomène, mais la publication a la capacité de faire émerger de nouveaux succès, sous peine de ne plus compter au Japon.

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