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Dick Wolf et Law & Order ou l’art des spin-off TV

Maître de New York et désormais de Chicago, voici Dick Wolf, un producteur pas comme les autres.

Sur TF1, outre les séries du type Grey’s Anatomy ou les Experts à une époque, il y a une franchise qui squatte sans fin l’antenne : New York Police Judiciaire, appelée Law & Order aux USA. Derrière ce monstre tentaculaire se trouve un producteur trop peu connu : Dick Wolf. Né en 1946 à New York, il est devenu le spécialiste des histoires de flic arpentant sa ville à la télévision. Après ses études à l’université de Pennsylvanie, il suit les traces de son père en intégrant le monde de la publicité. Il y connaît un joli succès dans l’écriture de slogans, mais c’est le cinéma qui l’attire.

Suite à un déménagement à Los Angeles, Dick Wolf travaille plusieurs années dans l’industrie du spectacle et voit même quelques-uns de ses scripts adaptés en film, notamment Masquerade en 1988. C’est toutefois à la télévision qu’il se fait remarquer en obtenant une nomination aux Emmy Awards (l’équivalent des Oscars) pour le scénario d’un épisode de la série Hill Street Blues.

Diffusée sur NBC, elle raconte la vie quotidienne d’un groupe de policiers. En 1986, Dick Wolf rejoint l’équipe de Miami Vice, série culte, là encore chez NBC. C’est à cette occasion que Wolf s’essaye à la production. En 1988, à plus de 40 ans, sa vie bascule quand il conçoit la série qui le rendra mondialement célèbre.

Un concept solide

Le concept de Law & Order (New York Police Judiciaire) est simple. Chaque épisode est pensé comme deux parties à la fois distinctes et liées. Dans la première, deux policiers (un vétéran et un plus jeune membre des forces de l’ordre) mènent l’enquête sur un crime violent. Ils rendent des comptes à leur chef qui est en contact avec l’équivalent du Procureur aux USA. C’est celui-ci qui prend le relais dans la seconde partie de l’épisode pour mener la bataille au tribunal. Tout le sel est de voir le juriste pousser les policiers à obtenir les preuves à même de coincer l’accusé lors du procès.

Dick Wolf fait le tour des chaînes pour vendre son concept. Les mots clés : réalisme et bienveillance envers les forces de l’ordre. Celles-ci peuvent faire des erreurs mais ne sont pas là pour piéger, détruire des preuves ou accuser à tort un suspect, même si ses héros peuvent faire tomber des flics corrompus.

L’objectif est de montrer la lutte quotidienne contre le crime à New York. C’est la FOX qui commande 13 épisodes sans même voir de pilote (c’est-à-dire un épisode test), mais elle annule sa décision. La chaîne pense alors que la série ne colle pas avec son image. Du côté de CBS, l’absence de stars déplaît malgré un solide pilote qu’elle a elle-même produit.

Un succès qui dépasse les attentes

Wolf retourne alors voir NBC/Universal, qui avait eu à l’époque de la présentation du concept des doutes sur la capacité de la série à garder son rythme soutenu au fil des épisodes. En revenant au bercail, le producteur trouve enfin un foyer pour son show. La chaîne commande une saison complète pour 1990 sans se douter que la série terminera sa course après 20 saisons couronnées de succès.

Au fil des années, la série devient un emblème pour la ville et ses édiles y font plusieurs apparitions. Le casting s’étoffe, évolue, se féminise, se diversifie et s'agrandit avec de nouveaux postes comme un psychiatre qui aide l’équipe. L’enquêteur sénior est joué pendant la première saison par George Dzundza, puis il est remplacé à de multiples reprises, que ce soit par Paul Sorvino, Jerry Orbach, Sharon Epatha Merkerson et Jesse L Martin (Flash).

Pour la partie juridique, Sam Waterson va dès la saison 5 devenir une des stars du show dont tous les rôles changent en 20 saisons, l’important étant le concept et la répartition des tâches, avec des duos qui évoluent en compagnie des spectateurs à travers le monde.

La famille s’agrandit

Le coup de génie de Wolf, c’est de produire des spin-off, c'est-à-dire des séries dérivées, très peu éloignées du concept d’origine, offrant plusieurs doses de son show par semaine aux spectateurs. Ces spin-off partagent une même ville à l’écran, New-York, avec des personnages naviguant à l’occasion entre les séries. Elles se veulent réalistes et on a l’impression de voir un fait divers tant les intrigues mettent en scènes des histoires fortes et souvent déroutantes. Wolf développe tout un environnement autour du diptyque enquêteur/juristes, vulgarisant auprès du grand public ces métiers de la police et de la justice.

Plus de 1100 épisodes de la franchise Law & Order ont à ce jour été diffusés sur la chaîne NBC. La série originale comporte 456 épisodes. Il faut attendre 1999 pour voir débarquer sur les écrans Law & Order Special Victimes Unit (New York Unité Spéciale). Elle est toujours diffusée et est peut-être la plus connue en France. Avec 19 saisons et plus de 400 épisodes, elle se concentre sur les victimes de crimes sexuels et de pédophilie. Il y a deux duo de détectives : Christopher Meloni et Mariska Hargitay ainsi que Ice-T (le rappeur) et Richard Belzer, tous les quatre travaillant sous les ordres de Dann Florek.

Pas toujours efficace

En 2001, un troisième show est diffusé en simultané des deux autres. Law & Order Criminal Intent (New York Section Criminelle) est à l’écran jusqu’en 2011. Avec 195 épisodes, elle se concentre sur les criminels les plus retors à la psychologie particulière. Le principal duo d’enquêteurs est incarné par Kathryn Erbe et Vincent D’Onofrio (le méchant dans Daredevil). Plus cérébrale, la série profite à fond des liens tissés par ses consœurs pour la partie juridique, tout en essayant d’offrir des criminels bien plus « intelligents ».

En 2005, NBC lance Law & Order Trial by Jury. La série ne dure qu’une seule saison et est annulée faute d’audience. Il y a une certaine logique : le scénario s’éloigne du concept initial, le dyptique police/justice, en se focalisant sur la formation des jurys lors des procès. La marque Law & Order ne peut pas tout faire si on s’éloigne de ce qui attire le public.

Rebelote avec Law & Order LA en 2010 où l’on brise une autre règle : quitter New York pour Los Angeles. Là encore, une seule saison sera produite. Nous verrons pour Law & Order True Crime, une copie d’American Crime Story en cours de production, si elle saura relancer la franchise qui ne compte plus aujourd’hui qu’une seule série diffusée.

Développement international

Law & Order s’est vendu partout dans le monde. Logiquement, les chaînes étrangères ont voulu leurs adaptations locales. Pour la France, c’est Paris enquêtes criminelles (adaptation de Law & Order Criminal Intent). 3 saisons, 20 épisodes entre 2007 et 2008 portés entre autres par Vincent Pérez sur TF1. Franchement oubliable.

En Russie, ce sont deux séries qui ont été diffusées en même temps entre 2007 et 2011, pour 168 épisodes au total. La première adapte le format de Law & Order Special Victims Unit, la seconde Law & Order Criminal Intent. L’histoire se déroule logiquement à Moscou dans le système judiciaire russe. N’ayant pas vu les séries, je ne peux juger si elles sont… réalistes.

Enfin, Law & Order UK se déroule à Londres. Diffusée entre 2009 et 2014, elle propose 53 épisodes sur la chaîne privée ITV (Downton Abbey) avec en tête d’affiche Jamie Bamber (Battlestar Galactica), Bradley Walsh et Freema Agyeman (Doctor Who). Ces séries vécurent un temps, eurent leurs succès respectifs mais n’éclipsèrent pas la version américaine.

Les autres projets

De très nombreux acteurs ont participé de près ou de loin à la franchise Law & Order. Savez-vous par exemple qu’avant de devenir Mr Big dans Sex and The City, Chris Noth joua un policier dans Law & Order ? C’est un super tremplin pour les comédiens et Wolf tenta à de nombreuses reprises de reproduire son succès avec de nouveaux shows et concepts. Malheureusement, sa formule magique semble inefficace sans le nom Law & Order.

En 1992, il produit Mann & Machine pour NBC. Elle ne dure que 9 épisodes. Son concept d’associer un androïde féminin et un policier ne connaît pas le succès. La même année, c’est The Human Factor qui bide sur CBS, avec seulement 3 épisodes diffusés sur les 8 tournés. En 1993, nouvel échec avec South Beach sur NBC. L’histoire d’un voleur qui doit travailler pour une agence gouvernementale ne plaît pas.

The Wright Verdicts en 1995 sur CBS (5 épisodes), Swift Justice en 1996 chez UPN (une seule saison), Feds en 1997 chez CBS, Players en 1997 (déjà avec Ice-T), D.C., Deadline, Twin Towers, Dragnet, Fatherhood, Conviction, etc… Les échecs se suivent, à l’exception de New York Undercover entre 1994 et 1998 sur la FOX. Je vous l’ai dit, dès que Wolf s’éloigne de New York, il se plante. Il faut attendre 2012 pour que le mojo revienne. Alors que le 4ème spin-off de Law & Order ne trouve pas son public, Wolf se lance dans une toute nouvelle aventure qui, ironiquement, se situe dans une autre grande ville américaine.

Bienvenue à Chicago

Dick Wolf semble avoir appris de ses erreurs en travaillant sur une nouvelle franchise qui relance sa cote dans l’industrie et s’affiche très rapidement comme une valeur solide du paysage audiovisuel américain. Le concept central est de dépeindre les activités des individus protégeant la vie des habitants de Chicago. La ville est au centre de la franchise qui ne se limite plus exclusivement aux forces de l’ordre.

Ainsi tout commence en 2012 avec les pompiers de Wind City, le surnom de la ville qui a connu les exploits de Michael Jordan. NBC lance en octobre de cette année-là Chicago Fire, une série mettant en scène la vie d’une caserne de pompiers. On y suit aussi bien leurs aventures professionnelles que leur vie intime, chose moins présente dans Law & Order. La série a entamé cette année sa 6ème saison et est un franc succès.

Au fil des épisodes, ceux qui affrontent le feu rencontrent logiquement d’autres services publics. Il y a d’abord la Police avec Chicago PD qui est lancée en 2013, toujours sur NBC. En 2015, c’est au tour des médecins de Chicago Med de débarquer sur les écrans, suivis en 2016 par Chicago Justice. L’objectif ici est de profiter à fond des crossovers entre les séries avec des personnages créés pour apparaître un peu partout, là où Law & Order organisait ces rencontres de manière exceptionnelle.

Avec plus de 300 épisodes diffusés, la franchise, création de Dick Wolf et Matt Olmstead a su s’enraciner chez NBC. Elle couvre les principaux genres de la télévision, même si la dernière née a été annulée au bout d’une saison. De plus, ces séries ne possèdent pas l’aura de la franchise Law & Order, vue comme un des classiques de ce média. Cela reste cependant un joli coup réalisé par Dick Wolf, qui parvient vingt ans après à produire une nouvelle franchise appréciée du public.

Combien de fois êtes-vous tombé sur un épisode de Law & Order à la télévision et vous êtes-vous rendu compte que vous le regardiez seulement quand les crédits s’affichaient ? La série est certes moins glamour que bien d’autres, mais terriblement efficace

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