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Sawako Ariyoshi, la femme japonaise à l’honneur

Écrivain japonais qui a souvent été comparée à Simone de Beauvoir, Sawako Ariyoshi évoque dans ses oeuvres la vie des femmes japonaises.

Sawako Ariyoshi a souvent parlé de la condition féminine au Japon. Au travers de ses écrits, nous découvrons plusieurs aspects de la vie des femmes au Pays du Soleil Levant et de comment elle étaient traitées autrefois. Mais ils permettent aussi aux étrangers de découvrir la culture japonaise.

Mais qui était-elle ?

Elle est née en 1931 à Wakayama et est décédée en 1984 à Tokyo des conséquences d’une longue et lourde insomnie qui a sapé peu à peu ses forces.

Parce que le père de la jeune Sawako est banquier et doit partir à l’étranger à cause de son travail, elle passe son enfance à Batavia (appelée de nos jour Jakarta) en Indonésie. Elle revient au Japon en 1941 où elle va entrer au collège. Elle va à l’université pour étudier les lettres anglaises et sera diplômée en 1952, après avoir fait une pause dans son cursus.

Elle connaît très tôt le succès en tant qu’écrivain touche à tout et écrit tant des romans que des nouvelles ou encore des pièces de théâtre. Elle est assez connue au Japon et y est souvent comparée à Simone de Beauvoir (auteur, entre autre, du roman Le sang des autres), mais elle est passée plutôt inaperçue dans l’Hexagone, où seulement quatre de ses oeuvres, certes les plus connues au Japon, ont été traduites.

Ses sujets de prédilection

Sawako Ariyoshi a été vraiment  très prolifique et a notamment traité des sujets comme la condition féminine dans les familles japonaises, la vieillesse, le racisme ou encore la pollution. Elle a tenté au travers de ses oeuvres d’ouvrir  les yeux de ses pairs sur la société qui était la leur.

Dans notre cas, grâce à ses romans, nous pouvons nous plonger dans certains points d’histoire un peu obscurs ou encore en apprendre plus sur des domaines qui restent  abscons à nos yeux d’occidentaux. Car le JApon est un pays qui offre souvent une image un peu loufoque, hyper moderne et en même temps de travailleurs acharnés. Mais qu’en est-il au sein de la famille ? Comment vivaient-ils autrefois ? Comment ont-ils vécu la modernisation ultra rapide de leur société ? Certaines réponses se trouvent entre lesp ages des oeuvres de cet auteur.

Nous pouvons ainsi pénétrer dans le secret de ces familles qui protègent si jalousement leur intimité. Car au Japon, il est très dur d’entrer chez les gens, se faire inviter et de voir comment ils vivent vraiment. On ne voit guère que leur vie par l’intermédiaire de séries, animés ou films.

Kae ou les deux rivales, se disputer un homme

Kae se marie par procuration avec un médecin réputé sans jamais l’avoir rencontré, chose assez répandue à l’époque où l’histoire se passe. Elle l’a fait car elle admirait énormément la mère de celui-ci, qu’elle considère comme la sienne propre. Tout se passe bien tant que le fils n’est pas là. Mais dès son retour, la belle-mère devient odieuse et prête à tout pour attirer l’attention de son fils chéri. Ce dernier fait des expériences étranges sur des animaux et il va même demander à sa femme et sa mère de s’y prêter. Toutes deux s’empressent d’accepter afin de montrer qui aime le plus l’homme et tenter d’attirer son attention.

Reflet de ce que peut devenir la lutte entre l’épouse et la mère possessive, ce roman nous montre jusqu’où le désir de reconnaissance et d’amour peut mener. Il faut également souligner que ce roman est basé sur une réalité historique, mais la rivalité entre femmes est totalement fictive semble-t-il. Car le docteur Hanaoka a réellement existé et a inventé le premier l’anesthésie. Malheureusement, à cause du renfermement japonais dû à la politique shogunale, le monde n’a pas pu en profiter et a été supplanté par d’autres produits comme le chloroforme.

Le miroir des courtisanes, dualité au quartier des plaisirs

Une enfant est vendue par sa mère à une maison de geishas. Elle est éduquée afin de devenir une courtisane respectée. Cependant, sa mère va entrer dans la même maison close qu’elle, en tant que prostituée. Alors qu’être une geisha est un honneur, avoir dans sa famille une prostituée est une tâche indélébile sur votre honneur. Comment Tomoko vivra-t-elle cette offense de celle qu’elle aime et déteste à la fois ?

Cette histoire qui nous dépeint la dualité amour-haine qu’entretiennent une fille et sa mère se drape sur fond de prostitution et d’avant-guerre. On y voit comment fonctionnait ce quartier tout aussi codifié que le reste de la société japonaise. Et vous y apprendrez que les geisha ne sont pas les prostituées que vous pensez qu’elles sont. Certes, elles se donnent à  des hommes, mais ils deviennent leur protecteur. Elles sont extrêmement cultivées et savent jouer du shamisen, un instrument de musique extrêmement difficile à maîtriser, ainsi qu’à danser .

En revanche, les prostituées, elles, sont perdues pour la société. Les plus populaires d’entre elles sont la coqueluche de ces messieurs, peuvent choisir qui elles accueillent dans leur lit et paradent dans les rues. Mais les moins connues ne peuvent faire la fine bouche et sont assignées à  des tâches subalternes.

Les années du crépuscule, la solitude face à la maladie

Une femme se rend compte, après le décès de sa belle-mère, que son beau-père est atteint de la maladie d’Alzheimer. Cet homme qu’elle craignait énormément et qui n’avait jamais fait d’efforts pour être agréable devient alors un être fragile et dépendant de sa belle-fille. Cette femme se sent au début obligée de s’occuper de lui, puis une relation mère-fils s’installe  avec une certaine tendresse de la part de la femme.

Nous découvrons ici le lien étrange et fort que peuvent entretenir une personne bien portante et une personne malade. Un lien quasi de parent à enfant, un rôle complètement inversé, alors que les parents nous ont permis de grandir, nous devons permettre à nos parents de retomber en enfance et les choyer autant que s’ils étaient des enfants.

Cette relation est à la fois étrange et attendrissante dans la découverte d’un amour naissant presque maternel d’une belle-fille envers son beau-père. De l’abnégation qu”il faut pour s’occuper d’une personne diminuée à la fois physiquement et mentalement, du combat difficile pour les deux parties. Ce livre est plein d’humanité je trouve.

Les dames de Kimoto

Cette fois, nous avons une fresque familiale qui nous parle de quatre femmes ou l’auteur s’est inspirée de l’histoire de sa propre mère.

Nous découvrons d’abord  la grand-mère issue d’une famille noble et enfermée dans les traditions et le carcan qui en découle. Puis nous rencontrons la mère qui a été mariée dans un arrangement, sans amour donc et qui s’en arrange, faisant de son mari le centre de sa vie. Nous avons aussi la fille, qui tente de s’affranchir du carcan de la société japonaise trop conformiste et conservatrice à ses yeux. À l’aube de mai 68, la jeune fille fait sa propre révolution pour obtenir ce que ses aïeules n’ont jamais eu. Et enfin la petite-fille qui vit pleinement dans le présent et est beaucoup plus libre, dans la liberté de la nouvelle condition de la femme, enfin si je puis dire, ça n’est pas non plus tout rose, il ne faut pas pousser, mais il y a du progrès.

On y découvre comment vivaient les femmes de la noblesse d’il y a un peu plus d’une centaine d’années et on peut voir comment elles se plaçaient dans la famille et comment elles se définissaient.

Adaptations cinématographiques

Si de nombreuses oeuvres de l’auteur ont été adaptées soit en film, soit en drama au Japon, peu sont venues jusqu’à nous et aucune n’a laissé une trace indélébile dans la psyché commune. Ainsi pour celles que j’ai citées précédemment : toutes ont été adaptées en film et également en drama dans les années 60-70. Les années du crépuscule ont eu droit à un drama en 2006, preuve que l’auteur est encore connu là bas.

Et c’est le film Kaé ou les deux rivales qui s’est vu traduit pour la France sous le nom de L’épouse du docteur Hanaoka. Dans tous les cas, il semble que l’auteur a mis sa patte en rédigeant elle-même le scénario des oeuvres (bon, sauf pour celui de 2006, vu que la pauvre n’était plus de ce monde). Ainsi, elle avait un contrôle total sur ce qui était raconté.

Si le Japon et la condition féminine vous intéressent, je vous conseille vivement de lire les écrits pleins de sensibilité et de justesse de cet auteur. Elle saura vous emporter et vous montrer un des visages du Japon d’autrefois et d’il y a une quarantaine d’années.

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