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Marvel's Runaways: à fuir ou à suivre?

Retour sur cette 1 ère saison d'ados californiens pas comme les autres de Marvel, chez Hulu.

Marvel's Runaways est une série du service streaming Hulu. Il y a deux choses fondamentales à savoir pour bien savoir de quoi on parle. L'aspect externe et interne. De l'extérieur, Runaways ne doit pas se prendre une gamelle, elle doit même peser dans le game si possible. Les enjeux qui planent autour de la série sont légion. Hulu est une co-propriété NBC (donc Universal) Fox et Disney. Disney ayant racheté la Fox, la mainmise est faite sur Hulu. Depuis des rumeurs comme quoi aucune nouvelle série Netflix ne serait prévu ou envisagé et seules les séries déjà existantes pourront continuer d'exister. Et le déplacement de New Warriors de Freeform à une plateforme Disney semble nous signal que Mickey rassemble ses pièces sur son échiquier. Ainsi dans ce contexte, Runaways a une place particulière et annoncera la couleur de ce qu'on pourrait appeler le MTU ? (Marvel TV Universe) dont Disney a un contrôle absolu.

L'autre chose à savoir c'est que Runaways est aussi la première adaptation de l'auteur multi-récompensé Brian K Vaughan (Saga, Y le dernier Homme), il est d'ailleurs consultant sur la série. Bien que ce ne soit pas la première fois qu'on voit son travail à l'écran vu qu'il a déjà scénarisé Lost. Mais surtout Runaways est l'adaptation culte d'un comic-book des années 2000, ovni et pépite à la fois, cette œuvre cristallisait avec brio l'adolescence, la sensation de se sentir pousser des ailes et de vouloir s'en servir et surtout la remise en cause des parents le tout saupoudré d'un peu de super-héroisme. Et c'est sans compter que le projet a longtemps été une arlésienne. Rapport à un projet d'adaptation au cinéma qui ne se fera jamais et aboutira sur cette première saison. Reste à savoir si cette singulière série dans un contexte singulier saura rencontrer son public et faire-valoir ses qualités, si elle en a.

Du rififi en Californie

L'histoire suit un très large de personnages puisqu'on y suit 6 adolescents californien et leurs familles plutôt aisés et couverts de réussite. Les personnages se répartissent en 5 clan familliaux :

Les Wilder, dont les parents Catherine (Jouée par Angel Parker) et Geoffrey (Interprété par Ryan Sands) connaissent un certain succès dans l'immobilier et leurs fils Alex (Rhenzy Feliz), un jeune homme intelligent mais renfermé ces derniers temps.Il y a aussi les Minoru avec Tina (Brittany Ishibashi) et Robert (James Yaegashi) proprétaire d'une compagnie de cyber-sécurité trônant dans la Sillicon Valley et leurs fille Nico (Lyrica Okano) qui est en pleine crise depuis le décès de sa sœur aînée Amy(Amanda Suk). Il y aussi les Yorkes, Dale (Kevin Weisman) et Stacey(Brigid Brannagh) qui sont des biologistes un peu foufou et leur aînée Gertrude(Ariela Barrer), intelligente et mature mais en conflit constant, ainsi que leur fille adoptive Molly (Allegra Acosta)qui souffre d'être souvent ignoré ou trop materné en raison de son âge. Maintenant, laissez-moi vous présenter Victor Stein(James Masters), un inventeur à succès et époux de Janet(Ever Carradine), ils sont accompagnés de Chase, beau gosse et sportif, qui recherche l'approbation de son génie de père. Et pour conclure, les Dean, dont la mère Leslie(Annie Wersching) est la dirigeante d'un culte appelé l'église des Gibborims (qui n'est pas sans rappeler la scientologie) et dont fait partie son mari Frank (Kip Pardue) qui est quand à lui une star Hollywoodienne (Est-ce toi,Tom Cruise ?), et pour finir leurs fille Karolina élevée dans le culte des Gibborims et se lassant progressivement d'être la fille sage et parfaite dont ces parents désirs.

Les parents de nos héros se connaissent depuis une quinzaine d'années via l'entremise de leur association caritative « The Pride » (Le Cercle en français) et ont pour habitude d'organiser une soirée annuelle chez l'un des leurs où tout les enfants se retrouvent traînés depuis leurs plus tendres enfances. Et si à force de se voir, les adolescents ont crée des liens, rien n'est plus pareil depuis le suicide d'Amy qui était le 7 ème membre du groupe. En effet, le groupe s'est séparé et même pire, les adolescents s'évitent désormais. Alex semble être un de ce les plus touchés par cette tragédie puisqu'il est plus ou moins déscolarisé depuis et est de loin le plus seul du groupe, étant le seul à ne pas avoir d'amis extérieur au groupe. Mais puisque cette année la réunion de The Pride a lieu chez lui, il se dit que ce serait l'occasion de retrouver et ressouder le groupe. Hélas pour lui, de l'eau a coulé sous les ponts pour les autres, et tous ne s'entendent plus aussi bien, surtout lorsqu'on aborde des sujets aussi douloureux que la disparition d'un de leurs membres ou les raisons derrière son geste.

Alors que jusque là les adolescents faisaient leurs soirées dans leurs coins, Chase a l'idée de partir en quête de whisky plutôt que de subir cette déprimante réunion. Voici alors notre groupe partis à l'aventure en quête d'alcool dans l'immense maison californienne des Wilder alors que leurs parents semblent introuvables. Dans leurs recherches, ils découvriront cependant bien plus qu'ils n'espèraient, puisqu'ils tomberont sur un passage secret dans le bureau de Geoffrey Wilder débouchant sur un mystérieux passage souterrain. L'occasion étant trop belle, les jeunes s'y engouffrent sans trop réfléchir aux conséquences. Et pourtant c'est toute leurs vies qui s'apprêtent à être bouleversés. En bas, leurs parents sont réunis autour d'un étrange appareil, vêtus de robe rouge, ils ont l'air de participer à un étrange rituel. Entre alors une jeune fille dans leurs âges qui est sacrifiée devant leurs yeux. Maintenant que les enfants ont appris les agissements de leurs parents lors de leurs réunions annuelles du Cercle, un paquet de questions vont se poser pour eux comme pour le spectateur. Pourquoi leurs parents sacrifient des fugueurs ? Y a t-il un lien avec l'église des Dean ? A quoi sert l'étrange appareil aperçu ? Quel est le but du Cercle ? La mort d'Amy a t-il un lien avec tout ceci ? Quels autres exactions commettent leurs parents ? Et enfin si leurs parents sont des assassins, qu'est ce que ça fait d'eux et que doivent-il faire ?

Breakfast Familly

A partir de là, la série va suivre deux axes. Celui des adolescents qui tenteront de percer les secrets de leurs parents, chaque secrets venant un peu plus ébranler leurs univers. Et de l'autre côté leurs adultes qui poursuivent leurs activités maléfiques tout en essayant d'être de bons parents, remarquant bien que quelque chose cloche. La série va utiliser ces divers ressorts dramatiques pour dresser un énorme champ de thèmes. Premièrement, il y a celui d'être parent, en effet chaque famille repose sur des dynamiques différentes et présentes un certain type de parents. Par exemple, les Minoru sont extrêmement stricts, il y a même des caméras dans la maison et on verra souvent l'impact que ça a sur leur fille,Nico. Il y a aussi les Yorkes qui représentent les parents-amis toujours francs et honnêtes avec leurs enfants, les traitant d'égal à égal avec les avantages et inconvénients que ça entraînent. Ainsi les modèles parentaux passeront au crible.

Mais les adolescents ne sont pas en reste et rappellent un peu breakfast club. Nous avons la fille parfaite, la gothique, le geek, le sportif, etc. Des figures bien connus dans l'inconscient collectif, que la série va prendre soin de développer à travers le prisme de l'adolescence. En effet, chaque enfant a un arc à accomplir. Alex a le complexe du hérisson, plus il se rapproche des gens plus il risque de souffrir. Molly veut gagner en indépendance, elle en marre qu'on la traite comme la cadette du groupe et veut qu'on la reconnaisse pour elle et pas son âge. Chase quand à lui recherche l'approbation de son père, qui en plus le maltraite verbalement ET physiquement. Karolina quand à elle, est en pleine quête d'identité, notamment sexuelle ce qui la stresse au plus au point, vu qu'elle est perçue comme la vitrine commerciale de l'église de sa mère. Gertrude quand à elle, est constamment en conflit avec tout le monde, souvent pour de bonnes raisons (A bas le patriarcat!) mais tout cela ne sert quà dissimuler sa sensibilité et le sentiment contre lequel elle lutte, d'être assez banale. Quand à Nico, sa famille est un véritable naufrage ce qui lui fait assez de problèmes comme ça.

En remettant en questions leurs parents, nos héros se remettent ainsi en question eux-mêmes et vont devoir faire leur propres expériences. Cela passant aussi bien par la prise de drogue ou des émois amoureux, que la découverte d'un vélociraptor avec lequel on réapprend la simplicité des rapports et de la confiance. Et oui, car nous sommes chez Marvel rappelons-le. Et que là-bas qu'on peut faire un parallèle entre la puberté et l'apparition des règles avec l'apparition de super pouvoir (n'est ce pas Molly) ?

Des pages à l'écran

Avant de voir si la série est réussie, intéressons-nous au côté adaptation de l'oeuvre .Les cartes sont redistribués, parmi les nouveautés, Amy Minoru, totalement absente de l'oeuvre originale et dont le trépas plane sur les adolescents et certains parents sur toute la série. Amy est une bonne addition, car elle rajoute du passé au groupe et sert de lien entre les personnages, un peu comme Coulson l'avait été dans Avengers. Autre changement, nos héros sont tous dans le même lycée, là où dans le comic-book ils ne se voyaient vraiment qu'une fois l'an. Ce changement, n'apporte malheureusement peu d'interêt mais permet aux scénaristes de ne pas s'éparpiller et rendant la réunion des adolescents dans une même scène plus simple.Et enfin, la grande surprise c'est que Molly Hayes la cadette se voit retirer ses parents, morts quand elle était petite, elle a ensuite été adopté par les Yorkes ce qui fait d'elle une sœur pour Gertrude (Ariela Barer). Son cas est un peu spécial car elle-même et ses parents étaient des mutants dans l'oeuvre originale. Mais les droits des mutants n'appartenant pas (jusqu'à récemment) à Disney, le personnage a donc dû subir quelques modifications qui s'intègrent assez harmonieusement.

Mais LA différence fondamentale avec l'oeuvre d'origine c'est l'importance des parents, quasi absent des promos et du marketing pour laisser planer le mystère. Qui sont LA surprise de la série, pour les adolescents comme pour le spectateur. Mais l'un comme l'autre seront peut-être déçus de voir que ces adultes maris et femmes, père et mères sont avant tout des humains. Et c'est quelque chose sur lequel la série s'attarde beaucoup plus que le comics book. Là où ils planaient comme une menace lointaine dans le comic book dans la série les parents sont aussi importants que les enfants et ont profités d’énormément d'ajouts par rapport au matériau source. Ils ont même quasiment autant de temps à l'écran et sont même tout autant des protagonistes que leurs progénitures . On passe énormément de temps à nous les présenter et à les humaniser. Ils sont les personnages ayant le plus de background et auront droit à de très nombreux flashback. Le show se consacrera donc la moitié de son temps à s'intéresser à leurs activités mais aussi et surtout à leurs relations au sein du Cercle. Les problèmes internes qu'ils connaissent et les différents interactions qu'ils ont entre eux et leurs enfants, fera le seul de la série et feront des membres de Pride des personnages beaucoup plus nuancés et complexes que dans l'oeuvre originale.

D'autres changements plus mineurs s'opèrent souvent pour le mieux et sans trop altérer l'essence de l'oeuvre. On notera cela dit que si les personnages,les thèmes et l'univers des Runaways sont reconnaissables, l'univers marvel n'est pas ou peu représenté, aucune référence ou presque n'étant faite aux avengers et compagnie, ce qui n'est pas forcément un mal en soi et évite toute distraction ou parasitage extérieur.

Un vélociraptor en CGI

La série se plaçant en Californie, c'est un changement agréable pour qui regarde beaucoup de séries ou films marvel. L'univers de la maison des idée et c'est particulièrement visible chez les série Netflix, est très exo-centré à New York. Ainsi changer d'air ne fera aucun mal au spectateur. Et la photographie va dans ce sens en embrassant un côté coloré et lumineux donnant une esthétique très californienne à l'ensemble. La série va profiter d'être sur la côte ouest pour nous proposer des décors riches en palmier et autres villas et bâtiment modernes. La série exploite un évantail varié et efficace de lieux, allant bien sûr du lycée des ados ou les maisons des parents, mais en nous offrant aussi des lieux comme l'église des Gibborims, un bâtiment gigantesque, moderne et tout blanc qui recèle bien des mystères ou d'autres lieux bien plus exotiques. Comme la serre/Labo des Yorkes ou l'atelier de Victor Stein qui n'est pas sans rappeler celui d'un certain Tony Stark.

Les acteurs adolescents jouent assez bien, même si certains sont un peu trop sous la réserve. Pour les adultes, c'est une autre histoire, le casting ayant plusieurs vétérans de la tv comme Julian MacMahon (Charmed, Nip/Tuck) ou James Marsters (Buffy), chaque adulte offre un jeu nuancé et sublimant les caractéristiques de leurs personnages. Et on notera aussi, le caméo habituel de Stan Lee (un des pères fondateurs de Marvel Comics).

La réalisation choisis par les créateurs du show ,Josh Schwartz et Stephanie Savage est aérée, éclairée et plutôt fonctionelle. En dehors de l'esthétique, la série ne présente aucune autre ambition que celle d'être efficace. Les effets spéciaux quand à eux sont bien fait, mais encore une fois utilisés à bon escient mais au compte goutte. Old Lace(Dentelle pour la vf),le vélociraptor a l'avantage d'être en images de synthèse et en animatronics (marionnettes sophistiqués) selon les plans mais est trop peu présente et surtout pas assez employée, le dinosaure restant très inutile quand à ses interventions dans l'intrigue. Le personnage de Lucy In The Sky par contre, ayant un pouvoir particulier et très visuelle aura droit à une transposition fidèle et très belle grâce à de bons effets numériques et éclairages. Pour les autres, le scepte de Nico sera peu employé mais aura droit à de la variété dans ses effets, les Fistigons de Chase font très jeux vidéos et pas toujours dans le bon sens du terme et Molly avec sa super Force se contentera de soulever des voitures ou des parpaings comme dans l'Incroyable Hulk(série tv de 1977), rien de transcendant donc mais ça remplit sa mission. La série offre donc assez peu d'actions, l'intrigue reposant surtout sur des mystères et des dynamique de groupe, mais quand il y en a, nous avons un peu le droit au minimum syndical.

Cours Forrest, Cours

Suivre les déboires d'adolescents et leurs parents est déjà passionnant en soi. Et au final, c'est le centre de la série. Être parent vs être adolescent et tout ce que ça implique. Mais pourtant, le coeur de l'intrigue est bien le mystère entourant le Cercle et à ce niveau-là, la série se prend globalement les pieds dans le tapis. Surtout pour le fan de l'oeuvre original. Car en effet, la série souffre de ce que j'appelle le syndrome Preacher, en en référence à la série tv d'AMC qui en 1 saison avait adapté vingt pages du comic book en 13 épisodes, en insérant plein de choses nouvelles en son sein, non sans succès, mais un goût frustrant pouvait s'installer dans la bouche des lecteurs du comic book. Runaways souffrant du même maux, le fan pourra ronger son frein en attendant que les fugitifs….fuguent. La série se met ainsi dans une position délicate car elle pose des personnages et des relations intéressantes avec de nombreux thèmes, mais l'intrigue n'est pas à la hauteur. En effet, on s'étonnera de voir des ados regarder leurs parents tuer une fille dans leurs caves et juste remonter dans leurs chambres, aller au lycée, aller à des fêtes comme si de rien n'était hormis lors des phases d'enquêtes saupoudré de discussions parfois interminables. Ainsi la série ne sait pas mélanger ses thèmes et son histoire et souffre même de redondance en usant trop des mêmes tensions dramatiques ou ressorts. Les thématiques et personnages seront énormément développés le long de la série, mais pas l'intrigue qui se réveillera seulement dans les derniers épisodes empêchant ainsi les thèmes ou personnages d'arriver à la fin de leur développement. C'est un peu comme si on avait une série ado d'un côté et une série marvel de l'autre, chacune parasitant l'autre et empêchant une pleine satisfaction à la fin de sa saison 1.

Et là est le danger pour Marvel, car tout ces problèmes sont déjà présents dans leurs séries Netflix et les voir propager ce modèle fatigué ailleurs peut sembler alarmant. Il reviendra donc à la Cape et l'épée sur Freeform en juin, d'essayer de nous proposer davantage qu'une série plaisante, mais une série innovante (même si c'est avant tout de la série pour adolescents, tout le monde a le droit à la qualité), loin des canons mis en place par la maison de Mickey et des super héros. Si Marvel a montré avec Thor Ragnarok qu'ils pouvaient faire confiance à la vision d'un réalisateur et sortir un peu de leur formule, reste alors à le confirmer, surtout à la tv où la concurrence en terme d'adaptation est plus féroce que jamais avec Flash,Outcast, Légion ou encore Riverdale

En attendant, Marvel's Runaways reste une série pour les jeunes tout à fait plaisante et remplie de qualités, malheureusement plombés par des défauts qui deviennent de plus en plus visibles au fil de la saison. Elle est cependant plutôt à recommander aux 12-35 et autres curieux. Le grand sérievore ou amateur de séries un peu "teen" n'y trouvera pas forcément son compte. Mais pour les fans du comics, il faudra revenir l'an prochain pour vraiment assister au début des aventures des Fugitifs dans la saison 2

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