Pop Fixion

Call Me By Your Name : un été faussement charmeur

Disons-le directement, je n’ai pas franchement apprécié l’expérience cinématographique proposée par Call Me By Your Name. Au regard de cette rencontre ratée avec le film et moi-même, j’ai mis en perspective toute l’ébullition qu’il y a eu autour de ce film, Oscar oblige. Une euphorie qui m’a semblée disproportionnée au vue de la forme et du fond du film.

Car oui, Call Me By Your Name est un film mettant un avant un sujet encore clivant dans nos sociétés, l’amour et la sexualité homosexuelle. Un sujet qui peut rendre difficile la critique de cette œuvre tant cette histoire passionnelle entre deux hommes a pu toucher un réel public et aussi un milieu artistique assez proactif sur le sujet. Le problème qui se pose et qu’avec toute la bonne volonté du monde je trouve que cette proposition est pleine de défauts, malgré tout ce qu’on pourra dire sur le bien fondé de faire un film avec ce sujet central et l’ouverture d’esprit qu’il peut provoquer.

Le film a en effet eu la volonté d’associer l’image et le propos de manière étroite, ce qui en soit n’est pas un problème mais qui à mon sens provoque un effet délétère : on assiste à une histoire d’amour gay et non pas tout simplement à une histoire d’amour universelle. Une universalité pourtant ressentie par de nombreux spectateurs mais à mon sens qui est fausse.

Premièrement le film emprunte une imagerie érotico-gay très premier degrés.

Allégorie de la sculpture grecque dès le générique, hommes la plupart du temps torses nus, caméra filmant régulièrement l’entrejambe ou les fessiers masculins… Là encore on a envie de dire pourquoi pas? Après tout le réalisateur Luca Guadagnino propose clairement une imagerie précise.  Mais au final est-ce utile d’appuyer si précisément sur ce côté-là pour développer une histoire d’amour entre deux hommes.  Représenter l’homosexualité doit-elle forcément se faire de manière si premier degré. Après tout, les personnages vivent une réelle passion amoureuse, et les voir découvrir leur corps et leur sexualité est déjà bien suffisant pour comprendre cette passion. Tout le reste n’est qu’un vernis, artistique certes, mais un vernis qui préfère voir son film par le prisme d’une sexualité et non pas d’une relation amoureuse.

Cette mise en scène tournée vers le corps me fait d’ailleurs penser à un film français peu connu qui avait choisi l’optique inverse. Poupoupidou est une enquête policière avec Jean Paul Rouve, ce n’est clairement pas un film d’amour homosexuel. Pourtant tout au long du film, la mise en scène dissémine des éléments permettant d’imaginer la sexualité d’un personnage. Des livres érotiques masculins dans une bibliothèque, un dessin d’un homme dénudé sur un mur… Si mon propos ne cherche pas à demander une copie de ce style, je pense que distiller les références gays plutôt que de les afficher en 1.85 :1 constamment aurait permis de créer un propos bien plus sentimental que corporel sur l’homosexualité. Etant donné qu’il est clairement établi que les deux héros du film sont des hommes et qu’ils ont une sexualité mutuelle.

Or, on ne peut nier que la majorité du public a pleinement ressenti une histoire pleine de sentiments. Des émotions qui apparaissent entre deux jeunes au cours d’un été éphémère, une histoire assez banale en sommes. Ce fait du public est d’ailleurs agréable à voir, qu’il accepte une histoire d’amour bien qu’elle ne soit pas hétérosexuelle. Pourtant à mon sens le film, peut être involontairement, va à l’encontre de cette banalité. Simplement à cause d’une phrase, d’un moment au cours d’un monologue qui avait tout pour plaire.

Fort de sa passion dévorante pour Oliver joué par Armie Hammer, Elio joué par Timothée Chalamet, va être réconforté par son père pour pallier le manque amoureux. Que fait papounet pour cela ? Il explique tout simplement que cet amour est un moment précieux et qu’il le comprend. Et là on a envie de dire putain ça c’est un film qui va marquer car un père hétéro accepte dans la plus grande simplicité l’amour de son fils et donc sa sexualité. Un message d’acceptation de l’homosexualité simple et parfait pour le sujet. Mais il y a un mais…

Papounet comprend son fils et son désir car il a vécu la même expérience dans sa jeunesse. Diantre, papa a aussi eu de l’amour pour un homme et pourtant cela ne s’est pas réellement conclu vu qu’il a cette discussion avec Elio.

Et en seulement quelques mots on passe d’un message d’acceptation universel à un homme qui projette sa propre « homosexualité » sur son fils. En gros je te comprends mon fils car moi aussi j’ai été gay. Et ce monologue aura beau être un des plus touchant du monde sur ce sujet, ces quelques mots suffisent à démonter tout l’universalité de son propos. Un véritable acte manqué à mon sens.

Voilà au final ce que donne l’alliance du fond et de la forme choisie par Guadagnino. Chacun pourra trouver cette association parfaitement réussie ou discutable vu le message proposée. Pour autant le film possède à mon sens des défauts purement filmiques qui ont gêné mon visionnage.

Tout au long du film j’ai ressenti un problème de narration. En effet certaines situations et certains comportements paraissent étranges voir incompréhensibles. Le chose la plus évidente est le rôle d’Oliver, on ne comprend tout simplement pas ce qu’il vient faire dans cette famille. D’autant plus qu’il est parfois moqué sur son comportement pouvant paraître hautain. Bien sûr, on comprend que ce type est un intellectuel, il connait des choses et on semble comprendre qu’il est là à cause de ça. Alors oui après quelques recherches on peut trouver qu’Oliver est en fait en train de réaliser un stage pour sa thèse auprès du père d’Elio. Mais difficile de le comprendre quand papa bosse souvent tout seul et qu’il laisse toujours le choix à Oliver de venir l’aider. Comme s’il était un ami de la famille en vacances.

On peut aussi rester perplexe face au comportement d’Elio. À plusieurs reprises ses réactions sont inexplicables. Dans une scène il va vociférer contre Oliver sans raison le traitant de traitre, d’escroc. Dans une autre alors qu’il a enfin passer une nuit formidable et passionnelle avec Oliver il lui fait tout simplement la gueule. Allez savoir pourquoi. Là encore quand on parle à certains spectateurs de ces moments, on entend parfois la réponse « Ah mais c’est expliqué dans le livre ». Une phrase révélatrice à mon sens des soucis de construction du scénario. Oui Call Me By Your Name est adapté d’un roman, il a même eu l’oscar du meilleur scénario adapté pour cela alors que Logan à mon sens aurait mille fois plus mérité cette statuette au vue de son parti pris unique pour le genre super héroïque et les ellipses gênantes de Call Me By Your Name. Un film qui n’arrive pas à devenir autonome par rapport à sa source pour être parfaitement compris souffre clairement d’un défaut de construction.

Et le casting, est-il un défaut?. Et oui même si le couple Hammer/Chalamet fonctionne très bien à l’écran, on peut ressentir une petite gène en les voyant. Elio est un jeune de 17 ans, on le sait, et Hammer lui est un garçon sans âge dans le film. L’acteur Hammer lui à la trentaine, et oh bizarrerie du coup on à l’impression que son personnage à le même âge. Et de temps en temps on se dit, quand même on est en train de mettre en avant un premier amour adolescent avec un adulte bien plus âgé. Cette différence visible à l’écran peut parfois sembler transgressive, un peu trop même. Car au final on ne demandait qu’à se laisser porter par cet amour déjà « original » de par sa sexualité. Laisser supposer en plus une telle différence d’âge peut parfois refroidir un peu. Et pourtant, le livre indique qu’Oliver à 24 ans, une donnée qui est cruellement absente du film et qui aurait évité cette interprétation.

Au final Call Me By Your Name est un film totalement louable sur ses intentions et sait transmettre une passion amoureuse. Pour autant après réflexion le film utilise des artifices et des propos qui entraine ce message d’acceptation vers un film extrêmement centré sur une orientation sexuelle plutôt qu’une relation amoureuse. Avec en plus des problèmes d’adaptation scénaristique, le film est probablement un bien meilleur hommage au cinéma italien plutôt qu’une mise en avant parfaite d’une relation homosexuelle.

Aucun commentaire

Sur le même thême

Pop Fixion

A propos de Pop Fixion

Pop Fixion est un magazine proposant des articles sur la Pop Culture et ses médias : comics, mangas, BD, jeux vidéo, films, animation, séries tv et romans.

Informations complémentaires

Vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent conformément à l'article 34 de la loi "Informatique et Libertés" du 6 janvier 1978. Vous pouvez à tout moment demander que vos contributions à ce site soient supprimées.