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Les médias se sont trompés sur Black Panther

On n'a pas posé les bonnes questions sur le premier film dédié à un super-héros noir.

La machine médiatique Marvel sait parfaitement présenter ses nouveaux héros. Depuis Iron Man en 2008, le Marvel Cinematic Universe plante patiemment ses graines et développe différents genres, comme le cosmique avec Guardians of The Galaxy ou la magie avec Doctor Strange. Dans le cas de Black Panther, le personnage a été introduit à l’occasion du très bon Captain America : Civil War, qui fut un énorme succès au Box Office. Il représente un nouveau pan de cet univers et le rend plus diverse. C’est une avancée pour offrir au plus grand nombre de spectateurs d'autres héros auquel s’identifier. Toutefois, la Panthère Noire n’est pas si originale qu’on le pense. Fils d’un dirigeant comme Thor, héros à la peau noir comme War Machine, T’Challa n’est qu’un homme qui doit être à la hauteur des énormes responsabilités qui lui incombe, lui l'héritier du pouvoir offert à chaque Panthère Noire.

La seule chose réellement originale dans sa vie, c’est le lieu précis qu’il défend : le Wakanda. Ce pays fictif, bien connu des lecteurs de comic-books, défend l’idée d’une nation africaine préservée de la colonisation occidentale. Une utopie où la science et les traditions se mêlent pour forger un peuple fier, puissant et impitoyable face à ses adversaires. T’Challa est africain, là où War Machine et Luke Cage chez Netflix sont des représentants de la culture afro-américaine. La distinction est importante, mais tout le monde ne la fait pas, de nombreux médias se focalisant sur le fait qu'il s'agit du premier film mettant en tête d’affiche un super-héros noir. C'est là une grave erreur. 

Les médias raffolent de ce type d’histoire, comme ce fut le cas avec Wonder Woman l'an passé. Il est agréable de voir enfin un film avec un personnage noir en tête d'affiche. C'était même nécessaire, tout comme Wonder Woman était une étape nécessaire dans l'histoire de ce cinéma (celui des super-héros). Toutefois, ces médias n’ont pas compris la différence fondamentale entre la Panthère Noire et les autres héros noirs de Marvel. Luke Cage est un ancien taulard (accusé à tord qui plus est). War Machine est un soldat américain qui devient un super-héros en s’émancipant des ordres débiles de sa hiérarchie afin d’aider son ami Tony Stark. Tous les deux s'opposent au système américain et à ses failles. T’Challa pourrait être vu comme l'opposé. C'est un africain, ce qui est déjà uné énorme diférence, mais c'est aussi et surtout quelqu'un qui ne s'est pas construit contre ou avec l'Histoire des USA. C'est un héros fier de ses origines, qui n'a jamais eu à ployer le genou contre les occidentaux. Le film s'attache pourtant à définir les différences, pour mieux tenter de rassembler ces deux visions, afro et africains, mais les médias se sont concentrés sur "le premier film blabla....".

De plus, pour les extrémistes de tout bord, la Panthère Noire se différencie par sa "pureté". Pour les africains, son isolasionnisme l'a protégé des colons blancs. Pour une certaine partie du public blanc (aux USA, la racialisation est au coeur du système médiatique), que l'on peut désigner comme raciste, "ce n’est pas un de ces citoyens noirs qui, grâce au désordre ambiant, trouve la rédemption en sauvant le monde". Ce n'est pas un voyou, mais un roi étranger. C'est vous dire à quel point Black Panther est un symbole pour tous, mais pas le même. En posant sa caméra à Oakland en 1992 au début du film, le réalisateur aborde le sujet frontalement. De qui la Panthère Noire est-elle l'icône ? Seulement des noirs ? Seulement des africains ? Mon avis est que tout le monde peut s'identifier à l'histoire d'un fils qui doit assumer l'héritage de son père, quelque soit sa couleur de peau ou son origine géographique. Malheureusement, certains pensent que Disney/Marvel en a juste profité pour s'approprier la culture africaine, en ciblant au passage tous les spectateurs afro-américains comme le montre l'énorme intérêt suscité par ce film dans cette communauté aux USA. 

Black Panther fait ainsi appel à une iconographie totalement déconnectée des images d’afro-américains manifestants pour les droits raciaux aux USA ou membres des pires gangs du pays. C’est l’Afrique rêvée, idéalisée, indépendante. Il y a toutefois un débat sur l'ouverture du Wakanda au reste du monde, sur le besoin d'aider tous les noirs encore victimes du racisme. Cependant, comme me l’a fait remarqué Khesistos, où est vraiment l’Afrique dans Black Panther ? L’Histoire de ce continent n'est pas faite de pays avec des frontières, mais des territoires tribaux qui ont façonné la vie des différents peuples. Ici, le Wakanda serait une vision basée sur un modèle occidentale. Les codes utilisés dans ce film, ou tout du moins ceux présentés dans la communication, sont au final plus proches de la culture afro-américaine, comme si on avait transposé des acteurs afro-américains dans un monde qui n’est pas le leur. 

Le partenariat musical avec Kendrick Lamar, méga-star aux USA, en est le meilleur exemple. Le hip-hop, ce n’est pas de la musique africaine. Si les artistes américains aiment rappeler leurs origines, qui ne doit pas se résumer à des tissus et des coupes de cheveux, il ne faut pas oublier qu’ils défendent une culture et une vie différente dans leurs paroles. Le choix d’un acteur américain, et non africain, tout comme pour le réalisateur, est un autre terrible aveu d’échec. Vous pouvez multiplier ces exemples. Dans ces conditions, certains fans, mais aussi militants politiques, estiment que Marvel s’approprie l’image d’un roi africain en produisant une contrefaçon afro-américaine.

C'est l'approche choisie pour la communication du film, mais pas celle du réalisateur. Fort heureusement, après le visionnage du film, je ne peux qu'infirmer cette vision. Black Panther propose une véritable plongée au sein d'une culture globale ET africaine. C'est une sorte d'Afrique moderne, influencée par les USA mais qui reste cachée du monde en n'oubliant pas ses racines. C'est là un paradoxe : le Wakanda ne veut pas se mêler au monde, mais il est impacté par son évolution, ce qui force au final son roi à prendre position. La communication du film, et tout le baratin médiatique fait autour, a donné une fausse image de ce film. Certes plusieurs personnages sont plus afro-américains que wakandais dans leur style (la soeur du héros notammen), mais bien d'autres n'ont rien à voir avec la culture US. Le film, tout comme le Wakanda, est tiraillé entre ces cultures, ces influences, mais il assume sa complexité. Si Marvel a réussi à élargir son univers au public afro-américain, il a aussi laissé un réalisateur posé un débat sur la place des noirs dans la société moderne. Tout le monde est gagnant, en espérant que l'aspect africain restera tout aussi développé dans les prochaines aventures de la Panthère Noire.

1 commentaire

  1. Cam
    Le 28 mars 2018 à 11:13

    Super article ! J'applaudis !!!

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