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Ready Player One : Pop-culture et Gilles de la Tourette

Peut-être l’avez vous vu ou entendu, mais l’ouvrage Ready Player One va avoir droit à une adaptation cinématographique qui sort en salles fin mars 2018. L’ouvrage, paru en 2011 que l’on doit à Ernest Cline, est une aventure menée dans un futur calamiteux où un jeune adolescent va chercher dans un monde virtuel (nommé OASIS) un trésor laissé par le créateur de celui-ci. A l’époque, le livre assumait ses références à la pop-culture années 80 en les intégrant dans le récit. Ayant parfois une importance, elles n’étaient pas forcément que le reflet des passions du concepteur d’OASIS.

Mais en ayant discuté et lu des critiques sur le livre, les critiques positives soulignent uniquement la présence de ces références. Pendant ce temps, les critiques négatives prennent ce point comme un élément racoleur, doublé en plus par une histoire de chasse au trésor et de complot d’une méchante société digne du B-A B.A d’un scénario cyberpunk. Et c’est maintenant qu’on arrive à la bande annonce de Ready Player One, qui est intéressante à analyser.

Les références ont évolué, et l’on aperçoit entre autres Harley Quinn (Batman), Le Géant de Fer, le Gundam RX 78-2 (Mobile Suit Gundam), Tracer (Overwatch) , la moto de Kaneda (AKIRA), une DeLorean (Retour vers le Futur), dans une pluie d’effets spéciaux et une ambiance pleine de nostalgie et de fan-service cross-média. Sur ce point, ça semble bien adapté. Mais vous aurez compris que l’adaptation n’est pas le problème, c’est le concept même de Player One qui est à revoir.

Tron faisait un complot avec la société ENCOM, et parlait aussi de jeux vidéo et d’années 80. Mais cela n’était pas là pour appâter le chaland, cela prenait place dans un monde virtuel qui posait d’autres questions. Les Mondes de Ralph prenait le jeu vidéo comme base avec une histoire de reconnaissance d’un antagoniste de jeu vidéo. Et ici, on dirait que ces personnages sont balancés à l’écran avec une histoire assez chiche, comme si c’était eux la véritable raison du film. Tron et les Mondes de Ralph balançaient pas un caméo ou un terme « geek » toutes les cinq secondes. Là, c’est du Gilles de la Tourette. Si vous voulez un autre exemple de l’abus de références, le film Gamer de 2001 avec Arielle Dombasle vous montrera comment se servir d’un média pour en faire quelque chose de grotesque et racoleur.

Pourquoi, dans une société où l’on se plaint de revenir sans cesse sur la nostalgie et les remakes, on encense une œuvre qui mélange tout ce qui a été fait en ajoutant un semblant de scénario ? Pourquoi ne pas créer un nouvel univers ? Réponse probable : par facilité. Après tout, pourquoi s’ennuyer à créer quelque chose de nouveau quand on peut piocher dans toute les œuvres existantes, et qu’on l’utilise hors contexte dans un mélange qui n’a déjà pas une grande cohérence ? J’ai clairement l’impression de voir un enfant modder sa version de Grand Theft Auto sur PC pour rajouter Goku, Iron Man, la Batmobile et les voitures de Fast and Furious.

« Oui, mais c’est virtuel, c’est de l’imagination, ça peut être incohérent. »

Dans ce cas, reprenons Tron. Ou encore, reprenons Les Mondes de Ralph : chaque jeu est séparé, ils prennent un transport pour s’y rendre. Et ce n’est pas parce que c’est du jeu vidéo que ce doit être incohérent. C’est une argumentation vide. Dans ce cas là, je vais mettre des démons et des vaisseaux de Star Trek dans Playerunknown’s Battle Royale, qui part sur un décor et une ambiance moderne. Ou alors, je vais mettre du Star Wars dans Soul Calibur. Oh wait.

Ready Player One, c’est un gigantesque paquet de madeleines de Proust qu’on donne aux gens qui se contenteront de manger à la chaîne leurs gâteaux, mais qui n’auront pas le temps de voir qu’on les gave pour mieux s’enrichir. C’est l’exemple même d’une démarche qui me rappelle Pixels, qui fait plus de clins d’œil qu’un épileptique, qui est plus racoleuse qu’artistique, l’équivalent de la logique Funko Pop ! au cinéma. Et toute cette incohérence, même si elles est légitimée par le récit (et j’imagine que ce sera pas expliqué dans l’histoire, preuve s’il en est du public visé) provoque plus un effet répulsif qu’attractif. Preuve en est avec cette critique, qui prouve que faire des citations tout le temps, c'est quand même lourd et indigeste.

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